L'habitude porterait en elle une blessure mortelle

Devrions-nous faire l'amour comme si c'était la dernière fois, puisque cela peut-être la dernière fois, c'est-à-dire avec l'énergie décuplée par le désespoir et la volonté ardente, jusqu'au-boutiste d'être dans ce bonheur-là de la communion des corps ? Je dis : nous devrions toujours faire l'amour come si c'était la première fois, c'est-à-dire avec la fébrilité et la ferveur de ceux qui n'ont jamais connu ce moment, et la chance insolente des débutants.

Mais comment retrouver l'innocence du commencement, la belle frénésie des toutes premières heures et la virginité perdue ? Comment ignorer les gestes qu'on connaît désormais, le corps de l'autre qu'on a appris peu à peu ? Je dis : il faut se trouver dans la disposition à être surpris, désemparé, émerveillé, et puis être capable d'étonner l'autre, encore. C'est quelque chose qui est possible, qui est nécessaire. L'habitude porterait en elle une blessure mortelle.

Extrait de En l'absence des hommes de Philippe Besson qui révèle de certaines vérités leur douloureuse beauté.

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Ce beau passage m'a rappellé un autre; le voici:
« Querelle sourit d'être si près de la honte d'où on ne peut plus remonter et en quoi il faut bien découvrir la paix. Il se sentit si faible, si bien vaincu qu'en son esprit se formula cette pensée désolante à cause de ce qu'elle évoquait pour lui d'automnal, de souillures, de blessures délicates et mortelles :
— Le v'là qui m'marche sur mes brisées. »
Jean Genet, Querelle de Brest, p.244 (éd L'imaginaire/Gallimard)

si tout cela était vrai, cela signifierait que les premières fois qui sont aussi des dernières sont les meilleures des meilleures. c'est si faux.

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