Test du vote électronique sur les campus nantais et lyonnais

Des étudiants du campus Nantais m'ont sollicité à propos du vote électronique, car ils expérimentent la semaine prochaine un système de vote électronique pour leurs élections estudiantines. Un test qui est également conduit à l'université de Lyon et qui intéresse fortement le Ministère de l'intérieur, ainsi que les organisateurs de ces élections qui espèrent que la nouveauté permettra d'augmenter la participation (qui tourne autour de 15% seulement à Nantes). Ils animent également un weblogue à l'adresse précitée, avec également l'espoir (que je partage) d'intéresser le chalant.

Ils m'ont posé une série de questions, pour confronter différents points de vue sur le sujet. Voici mes réponses (les questions sont en italiques, telles qu'elles m'ont été transmises).

A l’heure qu’il est quels sont les pays dans le monde ou se pratique le vote électronique pour les élections générales ?

C'est une excellente question, mais je n'en sais rien. C'est un bon travail de recherche pour un étudiant ;-).

Quels sont selon toi les 3 plus grands dangers du vote électronique ?

Par ordre croissant d'importance :

Le manque de transparence
Les erreurs (de tout ordre : humaines, techniques, matérielles, bogues, pannes, etc.)
La fraude

Le vote électronique a-t-il que des inconvénients ? (Le vote à distance pour les personnes qui ne peuvent se déplacer par exemple...)

Le vote électronique en général a des avantages qui font qu'il est utilisé depuis longtemps à de nombreux endroits publics et privés, par exemple à l'Assemblée nationale ou dans beaucoup d'assemblées générales d'entreprises. Les défenseurs du vote électronique mettent en avant la rapidité (dans les exemples précités on peut parler d'instantanéité) du dépouillement et une plus grande simplicité de gestion du processus (plus de bulletins et moins de "petites mains" pour les dépouiller).

Je mets par contre sérieusement en doute certains avantages souvent cités, en particulier :
- le vote électronique aurait un plus faible coût. Je n'ai pas encore trouvé d'étude sérieuse, et les informations fournies par le ministère de l'intérieur pour la France ne sont que des estimations non confirmées et déjà mises en doute.
- ce que vous citez vous-même en exemple à savoir le vote à distance facilité. Le vote à distance pose un énorme problème d'authenticité du vote, c-à-d l'assurance que la personne a bien exprimé son choix personnel sans aucune pression extérieure. Le vote électronique n'apporte pas d'avantage décisif en la matière par rapport à d'autres méthodes (vote par correspondance) mais surtout il pose d'autres problèmes comme la sécurisation des données entre le domicile de l'électeur et le lieu final d'enregistrement des votes. Ne mélangeons pas les problématiques (vote à distance et vote électronique sont deux choses différentes), ça conduit à de fausses bonnes idées aussi ridicules que dangereuses comme le vote par Internet.

Rendre le vote plus simple n’est-ce pas une façon d’encourager la participation ?

Peut-être, mais en êtes-vous sûrs et certains ? Et en quoi le système actuel du bulletin papier est-il compliqué pour l'électeur ? Est-ce à dire que le bulletin papier est un frein à la participation ? Tout porte à croire que le dédain des abstentionnistes pour les élections est d'abord et avant tout dû à l'offre électorale, c'est-à-dire à la qualité des candidats ! Je ne pense pas une seule seconde qu'à campagne électorale égale, un abstentionniste régulier décide de se déplacer parce qu'au lieu d'avoir à placer un bulletin dans une enveloppe et l'enveloppe dans l'urne on va lui demander d'appuyer sur un bouton !

[P.S. : je pense que dans le cadre de ce test sur un campus étudiant, et dans le but affiché d'augmenter la participation, la question prend un autre sens. Je place ma réflexion dans le cadre des élections générales en démocratie.]

Existe-t-il des solutions techniques pour que le vote électronique ne présente plus de dangers ?

Oui, une trace papier infalsifiable et vérifiable par l'électeur. Deux avantages : l'électeur a l'assurance que son vote a été enregistré comme il l'entend, et il est possible de recompter les votes en cas de problème (panne ou contestation par exemple).

Pourquoi de grandes entreprises s’intéressent-elles au vote électronique (diebolt – France telecom…) Ya t-il un intérêt autre que l’intérêt financier ?

Le seul but de toute entreprise commerciale est de gagner de l'argent. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est tout simplement comme ça que ça fonctionne dans nos sociétés capitalistes. Donc l'intérêt de ces entreprises est de capturer un marché public, en l'occurrence un marché où les premiers arrivés seront confortablement installés puisque je vois mal une commune changer de fournisseur tous les ans (ces machines coûtent cher et l'Etat ne prend pas tous les coûts en charge).

Ceci dit, si on recadre la question sur l'intérêt public du vote électronique, il faut se poser la question du mélange des genres entre intérêts privés et la chose publique. Le vote est fondamentalement une chose publique dans une démocratie et il est primordial d'être extrêmement vigilants dès que des intérêts privés entrent en jeu. Je ne dis pas qu'il faudrait que l'Etat fasse tout (certains pourraient, légitimement, mettre en doute la transparence de l'administration au service du pouvoir en place) mais il est indispensable que l'Etat garantisse et contrôle le processus électoral avec le plus haut niveau de probité et de transparence, quels que soient les moyens employés. Mon plus gros grief contre l'administration dans cette affaire du vote électronique en France est que ce principe n'a pas été respecté dans l'agrément, et plus amont dans la définition du cahier des charges, des machines à voter homologuées en France (si gouverner c'est prévoir, je ne vois pas comme une grande preuve d'intelligence politique le fait d'homologuer des machines qui faisaient déjà l'objet, depuis longtemps, de vives contestations quand il n'a pas été tout simplement démontré qu'elles ne sont pas fiables).

Pour conclure, je dirais que je pense que le vote électronique a un avenir dans le cadre d'élections démocratiques, mais pas avec les machines qu'on nous impose aujourd'hui ni avec les apprentis sorciers qui les ont choisies sans réfléchir au problème.

P.S. si j'en crois la démo Flash du vote publiée par l'université de Nantes sur la page décrivant les élections, il s'agit d'un logiciel de vote électronique pour PC conçu par France Telecom (E-Poll), entièrement orienté vote à distance par Internet à domicile sur son ordinateur personnel. Je parlais de fausse bonne idée, c'est en fait le vieux serpent de mer du vote à distance qui n'a jamais décollé, tout simplement parce que ça ferait le pain béni des petits dictateurs de conscience à qui on offre ainsi le meilleur moyen de contrôler tous les votes de leur troupeau. Quand je me rappelle de la façon dont certains groupes d'étudiants étaient "organisés" en cité universitaire, je repose sérieusement la question de l'authenticité des votes et les risques de fraude avec un pareil système.

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