De l'envie et du conflit comme moteurs

(Où l'auteur fait du "name dropping" comme jamais en espérant ne pas se griller à vie avec les personnes citées :p)

Coïncidence, ce billet publié vendredi par 37Signals sur l'intérêt des conflits dans les affaires et quelques remarques sur le panel de Paris Web 2006 se télescopent dans mon agrégateur et me donnent l'occasion d'un éclairage sur la conférence.

Matt Linderman écrit qu'une petite controverse peut épicer une conférence, et fait référence au clash Mena Trott/Ben Metcalfe à Blogs 2.0. Il donne de bons conseils si vous voulez jouer à "fight club" en conférence de façon mature :

Soyez sincère. Ne créez pas un conflit juste pour vous faire remarquer. Si vous cherchez l'attention sans réelle passion pour vos arguments, ça se voit.

Ne soyez pas désagréable. Les attaques personnelles, les critiques infondées, ou les dérapages induits par la frustration vous font apparaître hargneux et mesquin.

Elevez le débat. Adoptez le ton d'un prétoire où chaque partie argumente ses idées dans l'espoir d'atteindre la vérité. Dans l'idéal, vous et votre contradicteur pouvez vous affronter sur des idées tout en vous donnant l'accolade après coup.

Outre quelques piques entre orateurs (notamment Daniel et Karl, qui sinon m'entouraient fort calmement sur nos sièges ;-) qui ont permis d'alimenter le débat,
une remarque polie d'une dame dans l'assistance hier et certains commentaires chez Laurent illustrent parfaitement ces règles (et le fait bien connu que la mesquinerie, la lâcheté et l'impolitesse sont infiniment plus faciles à porter derrière un écran qu'en face-à-face, le troll se reconnaîtra). Ces derniers commentaires tournent peu ou prou autour de la même question, que je trouve légitime, de l'ambiance "entre nous" voire "bande de copains" du panel.

C'est très simple. Oui nous étions "entre nous", mais c'était vrai pratiquement de l'ensemble de la salle, pas seulement du panel(1). Non nous n'étions pas "une bande de copains", nous formions une communauté d'esprit.

Tristan Nitot a parfaitement introduit l'un des bénéfices les plus extraordinaires du web, celui d'abolir les frontières et de rapprocher les esprits. Ce n'est pas nécessairement évident pour tout le monde, surtout pour la génération "aux manettes" actuellement, mais il est possible de nouer de fortes relations avec des gens sans jamais les avoir rencontrés physiquement.

Par exemple, j'ai assemblé ma "dream team" pour le redesign de capgemini.com sans jamais avoir rencontré aucun des acteurs au préalable ! En tout et pour tout, et après avoir signé avec eux, j'ai rencontré Jeffrey Zeldman et Brian Alvey une fois, Douglas Bowman et Adam Greenfield deux fois, Erin Kissane jamais. Par contre nous avons eu des centaines d'échanges virtuels par courriel, messagerie instantanée, Basecamp, téléphone...

Quant aux orateurs de Paris Web 2006, je n'avais nul besoin de les connaître tous pour me sentir proche d'eux, de partager beaucoup de choses avec eux au point de me sentir vraiment "entre nous". Voici quelles étaient mes relations avec eux avant la conférence :

Ceux que j'avais déjà rencontrés en chair et en os :
- J'ai rencontré Karl Dubost au premier Paris Carnet en 2003, puis une seconde fois à Montréal en 2004. C'était notre troisième rencontre physique. Je le connaissais en virtuel depuis plus longtemps (coïncidence, il a travaillé pour l'une de nos agences prestataires à l'époque où je suis entré chez Capgemini).
- Je ne me souviens plus précisément de ma première rencontre avec Daniel Glazman (honte sur moi), mais la connexion s'est faite à travers Tristan Nitot et le fait que nous sommes tous trois des anciens de Netscape. J'ai rencontré Daniel de multiples fois depuis. Idem, nous échangeons virtuellement régulièrement.
- J'ai rencontré Laurent Gloaguen au premier Paris Carnet, où il m'a traité de traître. Nous sommes devenus amis depuis (du moins je l'espère !) et nous sommes très hyperliés ;-).
- J'ai rencontré l'animal Tristan Nitot dès mon premier jour chez Netscape en 1997. Il ressemblait déjà à ça et était déjà un one-man show dont on ne savait jamais exactement à qui il parlait en permanence avec son casque-micro rigolo sur la tête ;-). Nous nous sommes perdus de vue (j'étais consultant senior chez Netscape France, il était marketeux chez Netscape Europe, c'était mal barré :p), puis retrouvés en 2002 par quelques échanges virtuels gentils mais des fois moins. A notre deuxième rencontre physique en 2003, il m'a convaincu de commettre cet article pour OpenWeb (quand un mec de 130 kg parle à un mec de 60...). Comme pour ceux qui précèdent, on se lit et on se lie régulièrement.
- J'ai vu Sam Latchman une fois à un des rares Paris Carnet qui se sont tenus au Sous Bock Tavern. C'était, je crois, la seconde fois que je le voyais. Je le connaissais de réputation via Olivier Meunier et le redesign du site d'Eyrolles.

Ceux avec qui j'avais échangé virtuellement :
- Élie Sloïm de Temesis, qui m'a sollicité lors du démarrage d'Opquast.
- Stephanie Troeth, qui a traduit en anglais et publié sur le site du WaSP mon article sur les avantages business des standards web.

Ceux dont je connaissais le travail par leur site ou leur blog, mais avec qui je n'avais jamais (vraiment) échangé :
- Denis Boudreau, grâce à Cybercodeur et OpenWeb (tiens, merci le moteur de recherche de MT, Denis a commenté ici chez moi).
- Raphaël Goetter pour Alsacréations.
- Laurent Jouanneau parce qu'il travaille chez Disruptive Innovations (et un commentaire chez moi).

Ceux que je ne connaissais pas (honte sur moi) :
Tous les autres : Rémy Birambeau, Jean-Louis Carvès, Pascale Lambert-Charreteur, Denis Chêne, Laurent Denis, ainsi que les organisateurs (j'avais bien évidemment rencontré certains avant, lorsqu'ils ont commencé à approcher les orateurs potentiels, mais on va dire que ça ne compte pas puisque je ne les connaissais pas avant qu'ils me sollicitent).

Cette cartographie de nos relations sera différente pour les autres, mais je ne crois pas me tromper sur le fait que primait cette notion de communauté d'esprit sur toute idée de copinage, et que nous avions tous vraiment envie de participer à cet événement, ce qui finalement est ce que les organisateurs ont sagement recherché. N'oublions pas qu'ils n'avaient pas le droit de se louper pour cette première édition. Je trouve le pari gagné haut la main, mais ce sera encore plus difficile l'an prochain.

D'un autre côté, le monde est petit... et le monde francophone encore plus ! ;-)

(1) Ce qui pose le double problème du renouvellement à la fois des orateurs et des auditeurs pour la session 2007.

4 commentaires

Je n'avais pas répondu, dans le flot d'articles de ces jours derniers, mais tu as complètement raison sur ce problème de renouvellement.

En clair : soit on réussit ça, soit il n'y aura pas de Paris Web 2008. (ceci dit, on se sera bien amusés).

Voilà le mot est enfin lâché : "amusés".

Autant ces deux jours m'ont reboosté autant je me suis fait "plaisir" et à mon sens c'est ce qui compte le plus ! Le plaisir de se lever, le plaisir de prendre les transports pour rejoindre des personnes avec qui l'on a choisi de construire un événement, le plaisir de déjeuner, le plaisir de prendre un café avec un sourire jamais affiché, le plaisir d'être dans une bulle de passionnés qui veulent avancer !

Et je rends à César ce qui est à Tristan (je pèse 62 kg :p), c'est lui qui a le premier pointé le challenge du renouvellement des orateurs.

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