Les Pays-Bas interdisent les ordinateurs de vote SDU NewVote

Après le scandale généré aux Pays-Bas par la révélation de trous béants de sécurité dans les machines à voter, le service de contre-espionnage AIVD a interdit 1200 machines de type SDU NewVote, les excluant de facto pour les prochaines élections de novembre. La raison invoquée est la non confidentialité du vote, sachant qu'il est possible de capter les votes en temps réel via radio-fréquences à une distance de plusieurs dizaines de mètres de la machine, et qu'aucune mesure de protection efficace ne pourrait être prise avant les prochaines élections.

Les villes affectées, dont Amsterdam, devront retourner au papier ou changer de machines. Le maire d'Amsterdam a annoncé le retour au papier et au crayon.

La nouvelle est reprise dans l'International Herald Tribune qui indique que selon des médias hollandais, un membre de la direction du constructeur s'apprêterait à protester contre cette décision car les machines auraient été fabriquées selon les spécifications du gouvernement. On appréciera l'ironie de cette histoire et le point que je fais depuis le début sur les apprentis sorciers qui ont sorti cette technologie de leur chapeau.

Autre citation ironique prêtée par l'IHT au directeur technique de Nedap, Matthijs Schippers : "Nedap est heureux de ce questionnement et du fait que les gens commencent à s'intéresser au fonctionnement des systèmes de vote, parce que c'est la pierre angulaire de la démocratie". Et d'ajouter que les machines ne sont pas moins vulnérables à la fraude que le papier. Je ne peux être que d'accord avec lui, à ceci près qu'une urne transparente est, jusqu'à preuve du contraire, infiniment préférable à une boite noire.

Le même soupçon pèse maintenant sur tous les ordinateurs de vote selon l'initiative ordinateurs de vote.

The Register indique que l'AIVD a testé trois des quatres modèles de machines Nedap et a conclu qu'ils n'étaient pas "espionnables" de la même manière. Quid du quatrième modèle, et surtout de la démonstration faite il y a quelques semaines qu'il est effectivement possible d'espionner le vote sur une machine Nedap ? Quid également de la démonstration qu'il est possible de pirater sans laisser de traces ces machines pour modifier frauduleusement les résultats d'un scrutin ? Le bureau de recherche TNO s'apprête à effectuer des tests aléatoires sur les machines Nedap. Nedap, justement, indique être en train de procéder au remplacement de puces électroniques et de logiciels pour prévenir la fraude, et que les machines utilisées le mois prochain seront équipées d'un sceau métallique unique (et admet par là-même les failles démontrées précédemment).

L'actualité continue ailleurs sur le même sujet :

Et j'ai loupé un article ou bien, à six mois des élections présidentielles chez nous, il n'y a toujours pas un mot sur les dangers du vote électronique dans la presse nationale française ?

P.S. Ah si, il y a du progrès, j'ai entendu une brève ce matin 1er novembre à 8h35 sur France Inter, qui cite le Canard Enchaîné du jour.

6 commentaires

Remplacement de logiciel sur tous les Nedap des Pays-Bas ? Un nouveau logiciel écrit, testé et certifié en un mois ?

R. Cazenave, député UMP de Grenoble, et par ailleurs défenseur du logiciel libre, s'est également prononcé contre : http://www.richard-cazenave.com/?2006/10/30/215-vote-electronique

Pierre Muller, webmestre de http://www.ordinateurs-de-vote.org

Il y a bien eu un article dans Le Monde 2 du week-end dernier, mais étrangement cela ne concernait que les États-Unis, pas un mot sur les l'utilisation en France...

Brève ce jour dans Le Monde:
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Un fabricant américain de machines à voter s'élève contre un documentaire
AFP 01.11.06 | 19h53

Une polémique opposait mercredi une entreprise américaine de machines à voter à une chaîne de télévision qui doit diffuser un documentaire dénonçant le manque de fiabilité présumé de ces systèmes, moins d'une semaine avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

Dans une lettre envoyée mardi à HBO, la firme Diebold demande un droit de réponse au sujet du documentaire "Hacking democracy" ("Pirater la démocratie") devant être diffusé pour la première fois jeudi sur cette chaîne câblée.

Diebold affirme que ce programme est "truffé d'erreurs factuelles" et lui occasionne un préjudice, particulièrement en étant diffusé à cinq jours d'élections lors desquelles les Américains vont renouveler entre autres une partie de leur parlement et de leurs gouverneurs.

"Hacking democracy" donne la parole à des groupes d'activistes opposés au vote électronique et qui assurent que les machines de Diebold peuvent être piratées et les votes manipulés.

L'entreprise affirme détenir 35 à 40% du marché des systèmes de vote électroniques, eux-mêmes utilisé dans environ 40% des bureaux de vote américains.

Diebold demande notamment à HBO de faire précéder et suivre chaque diffusion du documentaire d'un message de 30 secondes soulignant que la chaîne n'a pas vérifié l'exactitude des assertions de ce film.

De son côté, HBO a rejeté les demandes de Diebold, disant dans un communiqué publié mercredi par la presse de Hollywood "maintenir le film et n'avoir aucune intention de le retirer".

@Stéphane : je pense que les agissements de Diebold vont se retourner contre eux, en tout cas ils démontrent brillamment les conséquences de l'intrusion du "marché" dans le processus électoral, quelque chose qui devrait être à 100% du ressort de l'Etat.

@François... : Mais ce document ne démontre -il pas surtout (en dehors de la polémique sur sa diffusion) que ce thème fait (de plus en plus) parti du débat public, au delà des réseaux militants ? C'est un point positif, non?

@stephanr : oui et oui. Il sera intéressant de retracer l'évolution et l'effet du débat sur ceux qui décident en final : les politiques au pouvoir. Et aussi le rôle des médias traditionnels là-dedans.

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