Une petite histoire de flux (ou l'agrégation expliquée à la ménagère de moins de cinquante ans)

Une idée vient de me traverser la tête pour expliquer le clash entre deux conceptions opposées de la gestion de flux de contenus, et les changements qui s'annoncent dans la télédiffusion. La première explication est pour les blogueurs, la seconde pour la ménagère de moins de cinquante ans ;-).

Essayez d'imaginer un agrégateur RSS ainsi...

  • il y en existe plusieurs mais ils se ressemblent tous, avec la même interface, la même façon de fonctionner
  • vous pouvez vous abonner à un choix limité (en fonction d'où vous habitez) de listes de flux, mais pas choisir les flux individuels dans chaque liste proposée (ou alors il faut payer, ou payer plus cher pour les listes déjà payantes à la base)
  • vous pouvez éventuellement, en fonction de l'agrégateur choisi et de votre accès au réseau (limité géographiquement), vous abonner à plusieurs listes de flux
  • vous pouvez utiliser plusieurs agrégateurs chez vous mais ils diffusent tous les mêmes listes de flux
  • à un instant T vous ne pouvez accéder au contenu que d'un seul item, selon un programme décidé par l'éditeur du flux
  • en achetant un journal ou en cherchant sur internet, ou pour certains flux le prévoyant, vous pouvez voir les titres de ce qui est programmé pour la semaine à venir (en général pas plus)
  • tout ce que vous pouvez faire c'est absorber le contenu en direct, l'agrégateur ne permet, en restant dans son interface, aucune interaction, aucun lien avec d'autres sources extérieures
  • en ajoutant un plug-in payant, vous pouvez archiver les items diffusés, mais un par un seulement et vous ne pouvez les consulter que dans l'agrégateur (qui n'est alors pas libre pour lire ou enregistrer un autre flux)
  • les flux sont truffés de publicités, entre chaque item et parfois dans les items, et l'agrégateur ne fournit aucun moyen pratique de les éviter
  • la norme en matière de propriété intellectuelle sur le contenu est le copyright, "tous droits réservés"
  • pour devenir éditeur de contenu, il faut des moyens conséquents et arriver à convaincre un diffuseur. Pour devenir diffuseur (de listes de flux), il faut des moyens très conséquents (et pleins d'autorisations)

Ces agrégateurs existent. Ils s'appellent télévision, radio (j'entends par là aussi bien l'appareil que les réseaux de télédiffusion, et dans une certaine mesure certains journaux en ligne se comportent de façon similaire)...

Maintenant imaginez que la radio et la télévision vous permettent ceci...

  • il existe plusieurs modèles d'appareils dont la plupart sont gratuits (certains ne demandent même pas d'équipement supplémentaire), avec des interfaces très différentes
  • vous pouvez choisir, individuellement, des programmes dans le monde entier, un par un, et les arranger comme et quand vous voulez. Vous pouvez partager ces "chaînes" avec d'autres, et même les "transporter" avec vous pour les utiliser en voyage, où vous voulez
  • vous ne savez pas forcément à l'avance ce qui est diffusé, mais tout ce à quoi vous êtes abonné peut être enregistré automatiquement pour vous permettre d'y accéder quand vous voulez
  • pour certains programmes, audiovisuels, vous pouvez les copier sur un baladeur pour les écouter ou les visionner où vous voulez
  • le contenu est multimedia et souvent enrichi de liens hypertextes permettant d'approfondir le sujet sur internet. Vous pouvez facilement réagir et/ou contacter l'auteur du contenu, voir ce que d'autres en pensent et discuter avec eux
  • la majorité des programmes sont gratuits, il y a parfois des publicités mais ce n'est pas la norme. Des alternatives existent pour supprimer les pubs
  • la norme sur la propriété intellectuelle reste le copyright mais plusieurs licences cohabitent en matière de réutilisation du contenu, de plus en plus de chaînes permettent diverses formes de réutilisation sur le mode "certains droits réservés"
  • n'importe qui peut devenir éditeur et/ou diffuseur de contenu sans avoir besoin de moyens techniques ou financiers significatifs, ni d'autorisation (avec parfois quelques dommages collatéraux :p)

Ces outils existent, ils s'appellent agrégateurs de flux, les flux étant diffusés sur internet sous des formats standards (baptisés par des noms techniques RSS ou Atom, pensez PAL ou SECAM pour la télé) et peuvent transporter aussi bien des textes que des sons (podcasts/audiocasts) ou des images (videocasts), en fait n'importe quel contenu numérique. Pour l'instant ils sont consultables essentiellement sur des ordinateurs, mais aussi sur des téléphones mobiles, mais rien n'empêche d'imaginer toutes sortes de périphériques de consultation, y compris postes de télé et radio (curieusement, certains ont commencé par des lapins ;-)).

Maintenant, dans le contexte internet actuel — où je ne prendrai que deux exemples récents : le rachat de YouTube par Google, et le projet Venice — je vous laisse imaginer lequel des deux modèles a le plus bel avenir devant lui... (Heureusement que certains ont investi dans le béton avant d'acheter des antennes ;-)).

4 commentaires

Il me reste à peine deux ans pour ne plus être dans la seconde catégorie, et dans deux ans serais-je toujours dans la première ? Je prendrais ces quelques mois de suspens pour relire à tête reposée cet intéressant billet, alors.

Merci !

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