Politique sauce béarnaise

L'un des meilleurs signes de la montée en puissance du candidat Bayrou est que pratiquement tous ceux qui « causent dans le poste » prononcent son nom correctement, ce qui était loin d'être le cas il y a encore quelques mois.

Après, il y a les sondages (comment ça, ils ne sont pas sérieux ? ;-p)

Ou des publicités ciblées assez parlantes sur Google, sur le nom du candidat, comme ici : François Bayrou au second tour ?

Ou encore des argumentaires fébriles, malhabiles, creux voire carrément contre-productifs des militants du PS ou de l'UMP. Il y a des sueurs froides qui ne trompent pas.

Mais surtout, pour moi, c'est l'idée qui s'impose chaque jour un peu plus que Bayrou est en réalité, de tous les candidats qui ont une chance de l'emporter, le seul qui puisse bousculer l'appareil politique actuel. Mon raisonnement va faire bondir les militants de tout poil, mais plus j'y réfléchi plus il devient évident pour moi.

D'abord, je pense que ni Nicolas Sarkozy, ni Ségolène Royal n'apporteront le moindre changement significatif aux bonnes vieilles habitudes politiciennes de la droite ou de la gauche dite « gouvernementale ».
Sarkozy, c'est Chirac avec 23 ans de moins, des dents encore plus longues et pas assez d'expérience et de diplomatie pour ne pas faire de très gros dégâts sur le parquet (exemple : Chirac manie mieux la lance à incendie pour éteindre les feux que Sarkozy ne manie le Kärcher pour nettoyer les banlieues).
Ségolène Royal mérite autant le qualificatif d'éléphant(e) que ses petits camarades qui l'ont récemment rejointe dans son équipe de campagne. Après son discours à Villepinte, je me suis dit que tout au plus, si elle réussi l'exploit de s'imposer à la fois à l'élection et sur les caciques du P.S., nous pouvons nous attendre à un joyeux bordel comme celui qui a accompagné les premières années Mitterrand en 1981. Après, nous aurons un retour à la rigueur au pragmatisme et une reprise en mains par les fameux éléphants que nous connaissons tous.
Aucun changement, donc, les promesses de ceux deux-là n'engagent que ceux qui les écoutent.

J'écarte Le Pen. Parce que je pense qu'il n'arrivera pas au second tour, et même si c'est le cas, il n'a rigoureusement aucune chance de gagner. Le Pen a fait peur à tout le monde le 21 avril 2002, il ne fait plus peur à grand monde aujourd'hui.

Reste François Bayrou, en troisième homme qui peut faire basculer les choses le 22 avril 2007. Le candidat Condorcet, le seul capable de l'emporter contre tous les autres, s'il arrive au second tour. Ce n'est pas gagné, mais cette hypothèse reste pour moi plus plausible qu'un Le Pen au second tour.

Si vous m'avez bien suivi jusqu'ici, seuls trois candidats ont une chance de gagner le bail de l'Elysée, par ordre alphabétique : Bayrou, Royal, Sarkozy. De ces trois-là, nous savons ce que valent les promesses de « gouverner autrement » des deux derniers. Quant à François Bayrou, qui n'a jamais exercé le pouvoir plus loin que quelques ministères au bon vouloir de l'Union pour Moi Président (Moi = Chirac ou Sarkozy, selon l'époque), je lui laisse le bénéfice du doute. Et même si je bascule en mode « cynisme ordinaire », je sais que sa seule élection suffira à mettre un beau coup de pied dans la fourmilière qui nous gouverne en ronronnant depuis des décennies.

Conclusion, le seul changement politique viable à portée d'urne le 22 avril, c'est que François Bayrou arrive en seconde position. L'élection de Bayrou serait un véritable séisme pour les deux partis majoritaires, ce qui nous garantirait la plus belle campagne législative depuis vingt-six ans et un peu de fraîcheur du côté de la rue du Faubourg Saint-Honoré.

Rien que pour cette perspective, il aura ma voix.

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Votez utile ;-) depuis padawan.info/fr sur 5 mars 2007 19h49

La grande majorité [des sondages] donnent, depuis plusieurs semaines, la candidate socialiste perdante face à l’UMP au second tour. En somme ils disent clairement que Royal n’est pas la candidate du vote utile contre Sarkozy ! [...] Les sondages, encor... Lire la suite

Centre de gravitude depuis padawan.info/fr sur 8 mars 2007 0h32

M'étant plus ou moins fait assimiler à un électeur lepéniste ici par Karl et François, me voilà étiqueté gauche caviar ce soir à Paris Carnet, où j'ai subi quelques foudres Royalistes (et Autheuil de me dire « te voilà social-traître... Lire la suite

44 commentaires

Il semble que cette hypothèse soit envisagée par un nombre grandissant de personnes : http://fr.news.yahoo.com/01032007/290/la-cote-de-popularite-de-bayrou-bondit-selon-tns-sofres.html

Qui dit sondage, dit marge d'erreur, certes, mais là quand même, +19 points en 1 mois !

François,

L'argumentation que tu offres ressemble sensiblement aux mêmes arguments d'une partie de l'électorat FN. Je vote pour déstabiliser l'appareil politique et non pas parce que je crois en des idées. Je ne pense pas que tu sois anarchiste, donc la déstabilisation réelle du pouvoir ne t'intéresse.

En gros, tu te déclares pour un candidat, qui n'a *rien* révélé de son programme, si maigre, factice soit celui des autres.

Il y a une logique que j'ai dû mal à saisir. Dans l'état actuel des choses et de ce que j'ai pu voir à droite (Bayrou, Sarkozy) ou au centre-gauche (Royal) ou à gauche (Buffet), rien ne m'incite à choisir l'un des candidats.

Je suis assez d'accord avec Karl. Voter pour fair péter le système, c'est très limite comme argumentation. Bayrou n'a aucun programme défini, aucun positionnement politique, c'est à mes yeux une droite molle qui n'ose même pas s'assumer comme telle.

Et puis surtout, voter Bayrou c'est favoriser un deuxième tour [Sarko ou Ségo] vs. Le Pen, ce qui me ferait quand même bien mal au c**.

Car Bayrou puise ses voix au PS et à l'UMP, et s'il réussit à réduire assez les pourcentages de Ségo et/ou Sarko, alors Le Pen peut s'attendre à arriver au second tour sans aucun problème.

Or moi, il me fout encore la trouille, Le Pen... Et très franchement dans le cas de figure d'un deuxième tour Sarko/Le Pen au deuxième tour, c'est pas avec une pince à linge sur le nez comme en 2002 que j'irai voter, c'est à reculons... voire pas du tout.

Certes, ça ferait pêter le système et les législatives seraient vivantes... et totalement imprévisibles ! Ca peut être une bonne chose ça, des élections totalement imprévisibles? Où chacun est obligé de se positionner comme à la roulette russe? Il peut en sortir qelque chose de bon?

C'est bizarre cette impression chez Karl et Diripouf comme quoi Bayrou n'a aucun programme. Il me semble pourtant que FB a clairement exposé son programme à plusieurs reprises. Il le fait même sur un ton docte, hyperpédagogique, sans aucune chaleur, mais il le fait. De mémoire (je ne suis pas une groupie, hein, je ne connais pas son programme par cœur), il y a les 2 emplois sans charge par entreprise, l'assurance caution logement, l'adoption simple pour les couples homos,... Et je suis sûr qu'il y a tout d'expliqué sur son site web.
Quand on veut décrédibiliser un homme politique, on dit qu'il n'a pas de programme, puis que son programme est irréaliste, enfin qu'il est trop coûteux. FB en serait donc encore à l'étape 1?

droite molle ? Alors voilà encore un raisonnement binaire. On ne peut être que soit de gauche, soit de droite ? Il n'y a pas de droite molle. Il y a une autre vision des choses c'est tout. Droite molle ça veut rien dire (d'ailleurs, est ce que droite et gauche ça veut encore dire quelque chose ?). Arrêtez d'essayer de caser Bayrou dans l'un des deux camps. Enlevez vos oeillères, oubliez le bipartisme, et regardez plutôt la pluralité des courants.

@Karl : j'ai envie que ça change, le FN prétend qu'il va changer les choses, donc j'ai un raisonnement similaire à l'électorat FN ? Franchement, ce n'est pas sérieux ! Tous les candidats, ou presque, prétendent qu'ils changeront les choses, tu aurais pu citer aussi Laguiller, Besancenot, etc.

@Karl et Diripouf : sur l'absence de programme, Oli a bien répondu, il vous a apparemment échappé que le candidat en a un. Et même, franchement, je n'y vois pas clair dans celui de Sarkozy, et celui de Royal me fait franchement penser aux 110 propositions de Mitterrand en 1981 (et on sait ce que ça a donné, c'est ce que j'évoque dans le billet). Je vous renvoie à l'analyse de Daniel Glazman là-dessus. Avec ce genre de mauvaise foi, je peux aussi prétendre que les programmes de l'UMP et du P.S. ne tiennent pas la route, un partout la balle au centre. Et si je pousse le cynisme jusqu'au bout, on s'en fout, puisque le seul programme qui sera appliqué découlera du vote des législatives, lesquelles ne garantissent à personne une assemblée de la même couleur, alors patience.

@Diripouf : ça veut dire quoi "faire péter le système" ? Si par système tu entends la démocratie, fais-moi rire ! Bayrou est l'un des plus fervents démocrates sur l'échiquier politique. Si par système tu entends le bipartisme et le manichéisme droite-gauche, ou le système Chirac, oui.
D'autre part, plus Bayrou augmente son score, moins Le Pen a de chances d'arriver en 3è position, ton raisonnement est basé entièrement sur la peur irrationnelle que les militants P.S. distillent depuis le 21 avril 2002, ce qui les dispense d'avoir à fournir de bons arguments pour qu'on vote pour leur candidat au 1er tour. C'est une élection à deux tours, je vote pour qui je veux au premier, en l'occurrence pour celui que je veux réellement voir gagner !

@tardif : en quoi devrait-on se positionner comme à la roulette russe ? Ah, évidemment, si les candidats aux législatives n'ont pas de programme, là...

Le coup de pied dans la fourmilière que serait l'élection de François Bayrou ? Certes. Comme le coup de pied dans la fourmilière que serait l'arrivée d'un candidat d'extrème-droite au second tour. Ou le non imprévu malgré le soutien de tous les grands partis au oui, à un référendum d'importance ?

Marrant, j'ai l'impression qu'on est passé dans un mode assez curieux où dans son discours, son attitude, François Bayrou appelle à une cristallisation sur sa personne et où il ne faudrait moins juger sur les propositions (qui existent, et restent finalement très classiques pour l'UDF, tant pour les valeurs morales que l'économie) que sur la façon de proposer. Un peu comme Ségolène Royal crispe. Ou comme Nicolas Sarkozy fait du Chirac. Mais dans le cas de Bayrou, c'est une impression positive.

Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Dans le cas de Bayrou, la subtilité est que le domaine de ses promesses se trouve plus sur sa stratégie plus que sur des propositions ? Bref, j'ai l'impression qu'on fait de moins en moins de politique, et de plus en plus de stratégie. Et je ne pense vraiment pas que cela soit dû à un manque de contenu. Il y a des propositions dans tous les camps, et il y aurait largement de quoi discuter. Mais si on est un monde blanc bonnet et bonnet blanc, François Bayrou est le candidat à défendre par sa seule capacité Condorcet à être capable à faire exploser l'alternative. Et donc à avoir le potentiel de proposer un autre chose qui reste complètement à définir. Mmh

Je comprends le raisonnement, je n'y adhère pas un instant: je continue à croire que sous le combat politique, sous les personnalités que l'on ne supporte pas ou celles dont l'approche est sympathique, il y a des mouvements de fonds, qui se révèlent plus ou moins fortement dans les actions, les équipes ou les orientations. Même si les acteurs sont humains et ont du mal à faire émerger tout ça, par mesquinerie, luttes de pouvoir, incompétence, manque d'audace. Je ne dois pas être encore assez cynique. Ou bien déjà trop, pour ne pas arriver à croire à l'après chamboulement.

Ne renverse pas les rôles, je ne fais ni la défense du programme de Sarkozy, ni de Ségolène. La réponse est hors sujet.

Revenons sur le fond du débat. Puisque tu dis que Bayrou a un programme et qu'il a exposé clairement son programme. Je t'invite à partager ta réflexion sur chacun des points de ce programme de manière constructive. Je ne demande qu'à être éduqué ou tout au moins connaître une réelle motivation pour voter pour François Bayrou.

Je t'écoute. Allons vers un véritable débat politique.

@Karl : c'est ton premier commentaire qui est hors-sujet, pas ma réponse. ;-)
Me lancer dans une analyse des programmes ? Pas le temps, pas envie, et inutile (je répète que le seul programme qui a un sens est celui défendu aux législatives qui suivront). J'ai écouté les uns et les autres à la radio, à la télé, je me fais mon opinion, et quoi que tu en penses, c'est là aussi Bayrou qui me convainc plus que les deux autres. C'est marrant comme les gens s'acharnent sans argument logique dès qu'on dit qu'on va voter autrement que droite ou gauche classique !

@OI : "Comme le coup de pied dans la fourmilière que serait l'arrivée d'un candidat d'extrème-droite au second tour." Pas du tout, et c'est une erreur (ou un épouvantail calculé ?) que je vois souvent à droite et à gauche (pouf pouf). Le Pen n'a AUCUNE chance de gagner, il ne gagnera JAMAIS. Le Pen au 2nd tour le 21 avril 2002, qu'est-ce que ça a changé ? Rien. Cinq ans plus tard, le P.S. nous pond Ségolène Royal. Bayrou a une chance non nulle d'être au second tour, et une chance encore plus grande de gagner dans ce cas, et là il est à l'Elysée pour 5 ans, ça fait une ENORME différence.

Oui "les acteurs sont humains et ont du mal à faire émerger tout ça, par mesquinerie, luttes de pouvoir, incompétence, manque d'audace", tout à fait. Je suis sûrement plus cynique que toi, et je crois vraiment au bénéfice du coup de pied au cul des deux grands partis par le petit qu'on n'attendait pas.

Tu aurais fait un coming out pour Royal ou Sarkozy sur le meme type de commentaires, j'aurais dit la même chose. Ton coming out ne m'apporte rien en tant que lecteur. Il correspond « Ah tiens le gars Padawan y va voter Bayrou. C'est tu pas possible. » Et après ? après rien :)

@Karl : ok. Mais quand tu essayes de me comparer à l'électorat FN, ou que tu sors des trucs comme Bayrou "n'a *rien* révélé de son programme", permets-moi de réagir !

Je ne me contente pas de dire que je vais voter Bayrou, j'explique aussi ma logique de vote (sinon, je serais resté silencieux). Que cette logique ne te convainc pas, soit. Que tu le dises, c'est bien. Mais avec de vrais arguments à mâcher, c'est mieux. Cette dernière remarque vaut en fait pour tout le monde... :D

Sinon, il y avait plein de trucs sur ton site qui ne m'apportaient rien en tant que lecteur, ça ne m'empêche pas de te lire et de t'apprécier par ailleurs ;-).

@ Laurentj qui dit "droite molle ? Alors voilà encore un raisonnement binaire. On ne peut être que soit de gauche, soit de droite ? Il n'y a pas de droite molle. Il y a une autre vision des choses c'est tout."

Non, c'est un fait, tout simplement. Si effectivement Bayrou se positionnait en dehors du clivage gauche-droite, alors il voterait alternativement, selon les cas de figure, avec la gauche ou avec la droite à l'Assemblée. Or ce n'est pas le cas, il a toujours voté avec la droite, ce qui montre à mon sens qu'il ne représente pas la troisième voie mais bien la même, avec une étiquette différente.

@François : Non, en disant "faire péter le système" je rephrasais (en caricaturant un peu, certes, mea culpa) ton expression "un beau coup de pied dans la fourmilière".

Pour moi, si Le Pen se retrouve une deuxième fois au pouvoir ça veut clairement dire que les français n'ont rien compris, que les socialistes ont encore voté comme des abrutis (moi la première, j'avais voté Mamère pour le fun au premier tour en 2002, on ne m'y reprendra plus).

Voter pour quelqu'un parce qu'"il change", c'est pas très intelligent, si ? Il faut voter sur un programme. Si quelqu'un vote Bayrou pour son programme, youpi. Si quelqu'un vote Bayrou parce qu'il change, alors je trouve ça dommage voire dangereux.

@Diripouf :
- Bayrou a toujours voté avec la droite ? Tu n'as pas dû suivre toute la session parlementaire on dirait.
- "Voter pour quelqu'un parce qu'"il change", c'est pas très intelligent, si ?" Et voter pour des gens qui vont faire perdurer le système actuel, c'est mieux ? Il est dans ma nature de m'attaquer au status quo, de secouer le cocotier, d'empêcher de tourner en rond, je n'y peux rien ;-).
- "Si quelqu'un vote Bayrou pour son programme, youpi." T'es-t-il venu à l'esprit que je puisse avoir une idée et même (horreur !) quelque affinité pour son programme ? Quelques exemples : la réforme de l'Etat (aka la 6è république), la justice, une autre façon de dialoguer, une autre vision (attention gros mot !) sociale-démocrate, une façon moins idéologique et moins polarisée d'aborder des sujets comme la recherche, les services publics et l'entreprise, ou des points plus techniques comme DADVSI, logiciels libres et brevets.

C'est toujours pareil, à chaque fois j'oublie qu'il faut souligner des évidences. Si le programme de Bayrou me sortait par les yeux, je ne voterai pas pour lui. Je croyais que vous m'accorderiez ça. Et vous, vous vous êtes renseignés sur son programme ?

http://www.bayrou.fr/propositions/
http://www.6emerepublique.com/
http://www.udf.org/legislatives_2007/avant_projet.pdf

Dire que Bayrou a *toujours* voté avec la droite est faux (même si on peut toujours disserter pour savoir si c'était sincère ou dans le cadre de sa stratégie présidentielle), il n'y a qu'à considérer, par exemple la motion de censure suite à l'affaire clearstream (Qui lui a donné, par ailleurs, l'occasion de prononcer un assez remarquable discours, à mon avis http://www.udf.org/discours/bayrou_160506.html ).

J'aime ton analyse parce qu'elle est assez proche de la mienne, pouf pouf :-)... Blague à part, le candidat Sarkozy est connu depuis longtemps et depuis longtemps, je sais que je ne voterai pas pour lui (je ne suis pas convaincu par son discours économique et sa vision de la société m'effraie un peu, beaucoup même). Ayant perdu mes illusions sur la qualité de notre personnel politique, je me résignais à un vote contre (Sarkozy). A l'époque le vote Bayrou ne me paraissait pas très crédible et je n'avais pas une excellente opinion du Béarnais. Et puis il y a eu Ségolène et puis il y a surtout eu le début de campagne de Bayrou qui m'a fait réviser mon jugement en sa faveur, jusqu'à envisager de plus en plus sérieusement un vote Bayrou (je ne suis pas tombé en amour, non plus...). Et j'avoue que, comme pour François, la perspective de donner un coup de pied dans la fourmilière ne sera sans doute pas étrangère à mon choix. Alors, oui, il y aurait une part de vote contestataire, mais en votant pour quelqu'un qui semble partager un grand nombre de mes valeurs et c'est tout de même le plus important!

A part ça, cela te fait quoi François, de te payer un trip subversif, un frisson, une montée d'adrénaline en votant à droite ? La tribune de Clémentine AUTAIN dans Le Monde m'a bien fait rire, elle est depuis en ligne sur son blog et les commentaires sont pas mal non plus !
http://clementineautain.fr/2007/02/23/bayrou-nest-pas-casimir-ou-lillusion-centriste/

Rhââââ!! Et zut! J'ai raté le 5000 ème commentaire!!

@Arnaud : pas de regrets, il n'y avait rien à gagner :p.
L'article de Clémentine Autain me donne encore plus envie de voter Bayrou. Elle me fait profondément rire sur les alternatives à gauche, et sur cette incapacité du militant politique français à sortir de l'idée qu'on doive impérativement être soit de gauche, soit de droite, et obligatoirement voter pour la tête de gondole que le parti présente. J'ai pratiquement toujours voté à gauche, mais là le choix est encore plus nul qu'en 2002, faut pas déconner non plus. Si un candidat se plante, ce n'est pas la faute de l'électeur mais la sienne et celle de son parti, point barre !

Et puis question frisson et montée d'adrénaline, j'ai connu mieux, j'ai fais mon devoir électoral en 2002. Que celui qui n'a jamais voté Chirac me jette la première pierre ;-).

François: Même pas une panoplie de Casimir ? Ou l'intégrale de la petite maison dans la prairie ?

Ah! Mais non! 2002 cela ne vaut pas! C'était contraint et forcé, au deuxième tour... Je te trouve d'ailleurs un peu injuste envers ce pauvre Jospin, le choix n'était pas si nul que ça, je trouve même qu'il était plutôt bon. Par contre sa campagne a été une catastrophe, c'est sur. Tandis qu'aujourd'hui c'est la campagne ET la candidate qui sont nulles et ça commence à faire beaucoup...

Eh bien moi - même si tout le monde n'en a cure - je trouve que la logique de François est très convaincante, et j'apprécie chacune des ses explications ci-dessus, pour ne pas dire que j'y adhère et aurait aimé être capable de les dire moi-même quand on discute avec moi du choix que j'ai fait (il y a bien longtemps déjà, il faut le souligner :

http://otir.net/dotclear/index.php/2006/11/21/14-campagne-electorale )

Or, après ma déclaration d'intention, en fait, je me suis aperçue que je m'intéressais d'autant mieux à la campagne, aux programmes des uns et des autres, non pas pour ce qu'ils contiennent, mais pour la façon dont les candidats les offrent à nos suffrages. La forme plutôt que le fond ? choquant, n'est-ce pas, comme réflexion politique. Eh bien, je ne m'en suis jamais défendue, au contraire, j'ai toujours reconnu que je n'avais pas vraiment de réflexion politique.

Est-ce que ce ne serait pas le cas de beaucoup de Français, pour ne pas dire quand même la majorité d'entre nous ? (pas des blogueurs, mais des Français, comme on dit avec une pointe de condescendance, moyens ?)

Et je trouve dommage que ce soit parce qu'on déclare qu'on va voter pour François Bayrou qu'on nous oppose des arguments comme le mouchoir rouge du Front National, ou l'accusation d'être de droite et de ne pas vouloir l'admettre, etc.

Dans ce que propose François Bayrou en tant que Président de la République, j'y trouve l'idée que je me fais d'un Président de la République justement. Je ne l'entends pas m'expliquer que ces propositions vont révolutionner les choses comme par enchantement, mais je suis suffisamment vieille pour avoir vécu la vague rose de 1981 et n'avoir vu aucune révolution à laquelle j'avais ardemment crû, bien au contraire.

Cela voudrait dire que j'ai viré à droite en vieillissant ? Qu'à cela ne tienne, j'assumerais volontiers, si tel était le cas. Mais alors qu'on m'explique justement ce que ça veut dire "être de droite" "être de gauche", si ça veut seulement dire "voter pour le candidat du PS", "voter pour le candidat de l'UMP", eh bien, franchement, moi, je trouve ça d'un creux, d'autant que ces partis ont gouverné suffisamment longtemps pour faire la démonstration que leurs politiques n'étaient pas plus de gauche que de droite, quand il s'agissait d'économie ou de politique justement.

J'ai eu des expériences de vie telles que sur certains sujets, ce qu'a proposé François Bayrou en matière de politiques (la reconnaissance des unions civiles pour les couples de même sexe pour leur assurer la transmission de patrimoine notamment, ou bien la reconnaissance de parentèle équitable pour ces mêmes couples lorsqu'ils ont des enfants - cela me paraît être des idées très "de gauche" ça !) ou d'économie (la simplification des procédures pour les petites entreprises individuelles à l'image des "small business acts" américains des années 50, en voilà une idée qu'elle est de droite ! mais pour avoir testé pour vous je peux vous assurer que cela n'a pas fait de moi une sanguinaire capitaliste américaine pour autant).

J'arrête là, j'oublie que je ne suis pas chez moi, et que j'aurais été plus correcte à faire un billet personnel avec un rétrolien. L'enthousiame m'a emportée, pardon François.

@Otir : ne me demande pas pardon, alors que ton commentaire est parmi l'un des rares ici à avoir de la substance et des vrais morceaux de conviction dedans :-). Je ne demande pas aux gens d'être d'accord avec moi, mais j'aimerais bien que ceux qui ont un avis différent argumentent autrement qu'avec des platitudes, quand ce ne sont pas carrément des contre-vérités.

Au moins les trolls sont en majorité restés chez Laurent (il faudra un jour que je comprenne pourquoi, même si ça oblige à suivre deux fils de commentaires c'est très pratique pour augmenter le lectorat mais garder un semblant de propreté chez soi, merci Laurent ;-)).

Bravo,Otir, 100% d'accord, et cessons de nous battre pour faire perdurer ce paysage politique français où tout doit être ou blanc ou noir.
En tant qu' "ancien" sympathisant socialiste (j'ai 63 ans), qui a été ravi que Ségolène emporte les primaires face aux "éléphants", mais déçu par la suite, je considère que FB est le seul à apporter une vision nouvelle dans ce monde politique formaté.
Et quand on me dit que FB a voté à droite auparavant, et François Mitterand???? N'a-t'on pas le droit de changer?

françois, J'ai posté chez Laurent, le début de lecture des propositions de François Bayrou. Donc je ne comprends toujours pas.

Daniel (Glazman) a fait une bonne revue du programme de Ségolène point par point. Mais que les gens disent « je vais voter Bayrou à cause de son programme » alors que c'est le même précipice de sens que Ségolène ou Sarko, j'ai vraiment dû mal à comprendre.

En revanche comme le dit Otir, et cela, je veux bien le reconnaître, même si je n'approuve pas personnellement, les gens votent pour du superflus médiatique et de l'apparence, et non pas pour le débat politique. C'est peut-être là que se trouve notre différence.

@Karl : continue ta lecture et démontre le "précipice de sens", juste un truc : le texte de l'UDF est titré avant-projet législatif, pas sûr qu'il s'agisse du programme final. Mais vu la façon dont tu t'y prends, je pense que tu vas tirer les mêmes conclusions pour les autres.
Sinon, question débat politique, il se trouve que Bayrou, contrairement aux deux autres, n'a pas peur d'affronter ses adversaires en direct live. Ca c'est une des choses qui me manquent le plus depuis des lustres en France, les candidats qui débattent entre eux et en public (même les candidats à l'investiture socialiste n'ont pas été capables de le faire).

François : tu as évacué certains arguments qui t'étaient adressés sans vraiment faire attention à ce que l'on te reprochait.

1.

L'analogie avec le comportement de l'électeur FN est provocatrice, mais honnête.

Tu as écrit dans tes commentaires, et cela revient en filigrane dans ton texte, que tu comptais briser l'alternance gauche/droite et que voter pour le système en place te paraissait idiot.

L'extrême-droite française a toujours exploité ces thèmes : "ni droite ni gauche" fut un slogan de l'Action Française, et "sortez les sortants" fut un slogan de l'UDCA.

Si l'on s'en tient aux discours, l'intention fondamentale de l'UDF est en partie identique à celle du FN : faire défection ("exit" dans la typologie de Hirschmann) au fonctionnement actuel du système politique.

2.

Je dis "si l'on tient aux discours", car l'UDF ne propose cette sortie que dans le discours. Diripouf a raison quand elle te rappelle que l'UDF est un parti de droite.

Beaucoup d'électeurs se font une image de F. Bayrou basée sur la dernière session parlementaire, ce que Bayrou a su exploiter en votant ponctuellement avec l'opposition sur des dossiers visibles, comme Clearstream ou le CPE (C. Blanc excepté, à présent sarkozyste).

L'UDF n'est pas toute entière dans cette image contestataire. L'UDF a voté la confiance au gouvernement Juppé aux côtés du RPR lors de sa présentation du plan de réforme de la Sécurité sociale qui a entraîné le plus grand mouvement de grève des années 1990 et qui a servi de base aux réformes Raffarin, Fillon et Douste-Blazy.

Les quelques positions ministérielles de l'UDF renvoient la même image : le parti n'a jamais remis en cause son appartenance aux gouvernements "gaullistes" RPR. Ce que F. Bayrou tente de masquer, en désavouant par exemple Gilles de Robien, à qui il avait confié sa campagne présidentielle en 2002.

3.

Il est assez normal pour un homme politique de faire de la politique. La stratégie de l'UDF est de dire qu'elle n'en fait pas, ou différemment (à l'allemande) ce qui est un positionnement comme un autre.

La presse lit la montée de F. Bayrou comme un handicap pour la gauche, qui se fragmente, et un avantage pour la droite, qui paraît en comparaison plus unie. C'est une vue de l'esprit, comme celle renvoyée par les sondages, mais comme les sondages, elle est auto-cumulative, elle crée sa propre existence.

F. Bayrou est porté par un effet de mode de type "troisième homme" qui intervient tôt dans la campagne et qui n'est pas soutenu par la télévision (où se joue toujours et encore la campagne). Cet effet a autant de chances de mourir que de vivre dans les deux mois de campagne. Il est un peu risqué de prétendre jouer définitivement son vote en fonction d'un phénomène conjoncturel.

4.

Je t'écris ce commentaire en pensant moins aux résultats de l'élection qu'à ton propre vote. Il faut que tu te demandes si tu tiens à voter pour un ministre de droite qui fait miroiter la fin du clivage gauche/droite en espérant soutenir une opinion politique de gauche.

Pour ma part, ce montage intellectuel a très bien été défini dans des sketches récents des Guignols de l'Info : c'est nimporte quoi. En France, le paysage politique est scindé comme le paysage des relations professionnelles, le long d'un clivage qui remonte au début du siècle. Ce clivage est tenace, il fait la différence entre la France et la Suède ou l'Allemagne, où l'on observe des gouvernements de coalition stables et des relations syndicat/patronat construites sur le principe de la défiance constructive.

On a le choix de regretter cet héritage historique et de préférer les configurations "négociatives" que l'on voit ailleurs en Europe. Penser que l'on peut s'affranchir du passé et mettre en pratique ce montage intellectuel en commençant "par le haut" est assez peu pragmatique -- une manière de faire très française par ailleurs.

@Fr (François) : que de grain à moudre !

1. je suis désolé, mais me comparer à l'électeur FN sur ces seules bases relève de la malhonnêteté intellectuelle. Tu aurais pu choisir n'importe quel autre candidat contestataire, celui-là est choisi pour une raison évidente : plomber le débat ( = mon raisonnement n'est pas valable car c'est le même que celui du FN, on est à deux doigts du point Godwin, du moins c'est la même mécanique).
Tu te trompes également sur mon intention de "briser l'alternance gauche/droite". Ce que je veux briser ce sont les habitudes et les personnes installées aussi bien à gauche qu'à droite depuis des décennies, et qui ne changent pas quels que soient les beaux discours qui ont accompagné les incidents de parcours (type 21 avril 2002).

2. Je te renvoie à ceci :
http://embruns.net/logbook/2007/03/02.html#c35210
En ajoutant, une nouvelle fois, que le gouvernement sortira des législatives et pas du scrutin présidentiel. Il a jusqu'ici échappé à tout le monde que je n'avais pas dit que je voterai UDF, je ne parle ici que du président. On n'élit pas un parti à la présidence de la république et l'UDF n'aura jamais la majorité à l'assemblée.
L'argument (rabâché) sur qui a le record de manifestants dans la rue ne vaut pas tripette pour moi. Mitterrand a eu un score plus qu'honorable de ce côté là. Je remets le mode cynisme en route : les grèves et manifestations, contre-pouvoir heureux et régulièrement exercé par les français sous tous les gouvernements, auront autant d'effet sur les trois candidats dont nous parlons.

3. Oui et alors ? Je vois une probabilité non nulle, je fais un pari dont le risque est que le candidat du centre gagne sur ceux des deux partis majoritaires. Et c'est ce que je préfère. Là encore, amusant que personne n'ai encore orienté le débat sur la suite, que se passe-t-il après ?
Aller, au risque que quelques trolls de passage aillent salir un peu la moquette chez Monsieur Bilger : http://www.blogbilger.com/blogbilger/2007/03/une_question_qu.html

4. Avec des raisonnements comme ça, c'est sûr qu'on ne risque pas d'avancer d'un poil !

Tout ça me rappelle un peu le dernier référendum, et les arguments du type "si vous votez non, c'est la fin du monde" (j'étais pour le oui, mais les extrêmes des deux bords me faisaient autant hurler). Le résultat du non français est que les politiques européens sont forcés de revoir leur copie. Si Royal ou Sarkozy l'emporte, aucun des deux partis majoritaire ne reverra sa copie, et on se retrouve en 2012 comme maintenant. Si Bayrou l'emporte, je fais le pari que la baffe sera autrement plus bénéfique, du moins pour le P.S. (l'UMP n'est qu'une machine électorale et Sarkozy, étant exactement comme Chirac avec 23 ans de moins, s'y accrochera pendant vingt ans minimum).

J'essaye de simplifier et vous compliquez tout :-). J'aime bien ce qu'écrit Pierre Bilger (même si, par nature, je ne peux pas partager son regret) :
« L'issue ultime d'un tel bouleversement est rien moins qu'acquis et il faudrait beaucoup d'audace au peuple français pour en prendre le risque. A quoi on peut rétorquer que le référendum de 2005 a montré, à mon grand regret, que, collectivement ,nous n'étions pas allergiques à l'aventure et qu'ils nous arrivaient de nous surprendre nous-même. »

En relisant les uns et les autres, partant du premier commentaire de Karl, j'aimerais bien que vous développiez en quoi mon souhait de voir du changement à l'Elysée avec un Bayrou (personnage qui ne me paraît pas moins démocrate que les deux autres présidentiables) équivaudrait à une réelle déstabilisation du pouvoir ? Je parle du pouvoir présidentiel, pas du pouvoir des deux grands partis qui se croient dans un système bipartite (ou bipolaire) ;-).

Merci pour ta réponse, mais elle ne déstabilise pas mon point de vue :

1. "me comparer à l'électeur FN sur ces seules bases relève de la malhonnêteté intellectuelle. Tu aurais pu choisir n'importe quel autre candidat contestataire"

C'est faux : les autres candidats contestataires envisagent leur participation au système politique dans le cadre du clivage gauche/droite, sauf le FN, qui revendique les votes des électeurs souhaitant non seulement protester contre l'alternance (voice) mais aussi en sortir (exit).

1bis. "Tu te trompes également sur mon intention de 'briser l'alternance gauche/droite'."

C'est possible, mais j'ai dans ce cas besoin d'une clarification sur ceci :

"ça veut dire quoi 'faire péter le système' ? (…) Si par système tu entends le bipartisme et le manichéisme droite-gauche, ou le système Chirac, oui."


2. Cet argument fait semblant d'ignorer les difficultés qui naissent de la cohabitation, ce qui est assez étrange vu l'historique de la cohabitation dans la Ve République. J'ai déjà souligné le paradoxe "élisons un ministre de droite pour aider la gauche", mais "votons pour la cohabitation pour aider le changement" est encore plus impressionnant.


3. Il n'y pas de désaccord ici apparemment, si ce n'est que je ne me prêterai pas au jeu de deviner l'après-élection, ça ne fait pas grand sens pour moi (c'est amusant d'ailleurs cette projection dans l'avenir à accents millénaristes).

Je peux en revanche répéter ce que dont on discutait avec un copain au téléphone : lui doutait que Bayrou appelle à voter pour Sarkozy à l'entre-deux-tours, moi pas du tout. Avec ou sans pince à linge sur le nez ou gants sur les mains, l'UDF appellera à voter à droite au second tour, pour sauver ses triangulaires mais aussi parce que c'est un parti de droite, même si sa stratégie actuelle tend à le dissimuler.


4. "Avec des raisonnements comme ça, c'est sûr qu'on ne risque pas d'avancer d'un poil !" … "Si Royal ou Sarkozy l'emporte, aucun des deux partis majoritaire ne reverra sa copie, et on se retrouve en 2012 comme maintenant."

Je t'accorde que notre système politique est frustrant parce qu'il est incrémental, mais c'est sa nature et la nature de la société française. Souhaiter une sortie du système politique conventionnel est irréaliste (je n'ai pas dit "nocif", je n'émets pas de jugement de valeur : ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit au sujet de la "fin du monde" du vote Bayrou).

Par ailleurs, c'est mot pour mot l'argumentation du FN : "l'UMPS ["système Chirac"] est une machine à reproduire son propre passé, les nouveaux sont identiques aux anciens ["Chirac 23 ans de moins"]". Je ne dis pas ça pour t'amalgamer aux électeurs FN, mais pour pointer qu'à leurs racines, le vote FN et l'engouement actuel pour F. Bayrou utilisent les mêmes ficelles argumentatives.

La conséquence à plus ou moins long terme de tout ceci sera peut-être la nécessité, pour la droite, de rendre visible sa stratégie de "droite plurielle", qu'elle essayait de masquer jusqu'à présent en tenant son discours unitaire traditionnel de la discipline autoritaire de parti.

@Fr. : je ne répondrais plus sur la comparaison avec le FN, je m'en fous, je ne connais même pas leurs arguments, et ce n'est pas ma faute si tu y trouves des similitudes. Je la trouve totalement gratuite. Tu parles de "ficelles argumentatives" pour ce qui est pour moi un constat, que tu ne démontes d'ailleurs aucunement. Enfin, dire "untel a dit un truc, machin dit un truc similaire, donc untel = machin" est intellectuellement malhonnête. Point barre !

"les autres candidats contestataires envisagent leur participation au système politique dans le cadre du clivage gauche/droite, sauf le FN". Mais l'UDF et Bayrou s'inscrivent géométriquement au centre dans le paysage, sans remettre en cause le P.S. ou l'UMP, je ne vois pas où tu veux en venir. Quand Bayrou dit qu'il veut dépasser le clivage gauche/droite sur certains sujets de fond, ou qu'il n'y a que dans ce pays que quand on est d'un bord il faut obligatoirement détester les mecs d'en face, je ne vois pas en quoi il fait *disparaître* la notion gauche/droite comme par miracle. Petite clé de lecture : mon candidat idéal au P.S. c'était DSK. La personne éligible qui, à mes yeux, s'en trouve la plus proche sur l'échiquier est Bayrou, pas Royal (je parle encore une fois du poste de Président, pas de Premier ministre).

1 bis. Je n'ai rien contre l'alternance du pouvoir. J'en ai assez de l'alternance entre deux partis sclérosés qui ne changent pas leurs dogmes, habitudes et politique. Pire, qui ignorent superbement les autres partis (sauf contraints et forcés dans les autres élections où les "petits" partis ont une influence). De quand date la dernière campagne où les candidats de ces deux partis sont allé débattre en direct avec les autres compétiteurs (et pas juste au 2nd tour) ?

2. Et toi tu sembles ignorer qu'il existe des gens qui ont pu apprécier certaines périodes de cohabitation. Il se trouve que j'en fais partie. Il se trouve que le bricolage du quinquennat, destiné à éviter une cohabitation, n'exclue en rien cette possibilité à l'avenir, si tel est le choix des électeurs.

3. Dommage, parce que le gouvernement et son programme dépendra de la composition de l'assemblée après les législatives, pas de la seule élection du président.

4. "Souhaiter une sortie du système politique conventionnel est irréaliste" - ni plus ni moins irréaliste que d'avoir Bayrou à l'Elysée :D. Dans ce cas, pourquoi vous vous énervez, exactement ?

D'accord sur ton dernier paragraphe.

Je vais essayer de ne pas reprendre ce que j'ai mis sur le tapis mais qui n'a pas obtenu de réponse, voici quelques éléments de plus donc :

- "l'UDF et Bayrou s'inscrivent géométriquement au centre dans le paysage, sans remettre en cause le P.S. ou l'UMP, je ne vois pas où tu veux en venir. (...) je ne vois pas en quoi il fait *disparaître* la notion gauche/droite comme par miracle."

Sa stratégie correspond au dépassement du clivage gauche/droite. Sa proposition d'avoir un Premier ministre de gauche correspond à cela : faire passer la cohabitation pour une situation politique saine (ce qui revient plus tard dans tes arguments, cf. 2). C'est oublier deux choses :

a. que le Président de la République préside le Conseil des Ministres et que l'équilibre des pouvoirs est prévu entre les chambres et l'exécutif, pas au milieu de l'exécutif bicéphale

b. que le bilan des cohabitations Chirac et Jospin sont exécrables, notamment en termes de réforme de la protection sociale. On peut probablement "agree to disagree" sur ce point pour clore le débat.

1bis. "Je n'ai rien contre l'alternance du pouvoir. J'en ai assez de l'alternance entre deux partis sclérosés qui ne changent pas leurs dogmes, habitudes et politique."

Cette position est paradoxale : historiquement, les partis qui changent le plus sont ceux qui agrègent de plus en plus de votes (la réciproque est vraie). C'est un fantasme de penser que l'on peut réformer le système politique en essayant de le contourner.

Enfin, pour mesurer l'écart entre F. Bayrou et DSK, il suffit probablement de se pencher sur le programme de l'UDF, qui confirme que leur rapprochement est une erreur de lecture (dénoncée un peu partout par DSK lui-même).

http://philippeaskenazy.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/03/05/promenade-dans-les-propositions-de-bayrou.html

Ma proposition de base (comment voter pour un ex-ministre de droite en pensant aider la gauche et le système politique) tient toujours.

Parfaitement d'accord avec toi ! Au passage, pour un commentaire précédent,comparer, d’une façon ou d’une autre Bayrou avec le FN n'est pas digne d'une personne douée d'un minimum de sens commun.

D’accord sur toute la ligne donc car cette candidature peut faire sortir le système de sa routine, de son alternance totalement improductive....Nous avons besoin d'un bon coup de pied dans la fourmilière, n'importe quel observateur, y compris le moins doué, a bien conscience que le système actuel est arrivé au bout du rouleau....
Et puis, avons-nous le choix ?

Bayrou oui !
La gauche et la droite cela existe et se respecte.
Ce qui n'est plus respectable et qui n'est plus tolérable, c'est la mainmise del'UDR/RPR/UMP et du PS sur la vie politique de ce pays.
De l'air, de l'air !
Amalgamer ce besoin avec une attitude FN est indigne.
Prétendre que FB n'a pas de programme est malhonnête.
"Le gars Padawan va voter Bayrou"
Tant mieux !
Moi aussi !

@Philippe : c'est la technique de la stigmatisation, ça permet d'évacuer une cause dont on n'a pas envie de discuter en méprisant ceux qui en parlent au motif qu'un "affreux" s'en est également saisi, tout en oubliant soigneusement de dire qu'il propose des solutions totalement différentes. Que Karl et François n'arrivent pas à saisir ça me laisse assez pantois.

@Fr. : - sur le clivage, je refais un copier/coller : "dépasser le clivage gauche/droite sur certains sujets de fond", "quand on est d'un bord il faut obligatoirement détester les mecs d'en face". Pour une fois, il y a un gars qui se dit prêt à ne pas me proposer un gros bloc aussi monolithique que dogmatique de droite ou de gauche. J'en ai assez de devoir voter pour un camp parce qu'il est plus ouvert que l'autre sur des questions morales, mais complètement passéiste ou sans idées sur d'autres, et que l'autre parti va passer la législature à s'opposer systématiquement parce que c'est comme ça qu'on fait avec "les salauds d'en face à qui on piquera le pouvoir la prochaine fois et on annulera tout ce qu'ils ont fait" (rincer/répéter).

"l'équilibre des pouvoirs est prévu entre les chambres et l'exécutif, pas au milieu de l'exécutif bicéphale" > dans la constitution actuelle oui. Il t'a peut-être échappé que ce n'est pas le cas dans le projet de 6è république de Bayrou. Encore un truc implicite dans mon choix qu'il faut que je rende explicite, Bayrou est le seul des trois qui propose une réforme majeure des institutions.

"le bilan des cohabitations Chirac et Jospin sont exécrables" > Et on en a redemandé, qu'est-ce qu'on est cons ! Ca doit se discuter, pas dans mon souvenir, pas plus que pendant certaines périodes où un parti cumulait tous les pouvoirs.

"les partis qui changent le plus sont ceux qui agrègent de plus en plus de votes" > Je te renvoie le paradoxe, pourquoi, dans ce cas, prétendre que l'UDF ne changera jamais ? C'est contradictoire.

Sur le serpent de mer du programme Bayrou, je pourrais refaire encore une fois un copier/coller, mais je vais t'orienter sur une autre source que tu croiras p-e plus que moi : http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/02/27/791-le-programme-economique-de-f-bayrou (et pour ceux qui sont vraiment bouchés ou trop pressés, le redux cynique : "il ne sera pas appliqué"). Le pari que je fais est qu'il réussira à provoquer un consensus sur quelques points. Au pire, et je reviens sur ma conclusion initiale, ç'aura été la plus belle baffe possible à l'offre présidentielle du P.S. et de l'UMP.

"comment voter pour un ex-ministre de droite en
pensant aider la gauche et le système politique" > je ne suis pas là pour aider la gauche, tu renverses les rôles ! Depuis quand les citoyens sont-ils au service des partis ou du système politique ??? Et je ne vois pas en quoi voter aveuglément pour quelqu'un que je méprise et un programme auquel je ne crois pas pourrait aider qui ou quoi que ce soit, à part précisément ceux que je ne veux pas voir gagner.

J'adhère ou pas aux idées proposées, je regarde les options à ma disposition, j'explique ici la logique de mon choix, et vous ne m'avez aucunement convaincu jusqu'ici que cette logique ne tient pas. Je retrouve dans vos discours les mécanismes (acharnement, mépris, stigmatisation, discours militant) que je lis ici ou là :
http://www.optimum-blog.net/post/2007/02/21/Un-vote-Sego-est-il-un-vote-Sarko
http://barrejadis.azeau.com/index.php?itemid=66

Je crois aussi qu'il ne faut pas oublier le côté irrationnel (donc déplaisant pour ceux qui veulent une logique sans faille) de l'affinité personnelle qu'on peut avoir pour un homme (ou une femme). Parce que, mine de rien, on nous demande de voter pour une personne, qu'on intronise pour représenter la nation. Et de ce côté là mon choix est viscéral, autant je ne peux pas voir Sarko et Ségo en peinture à l'Elysée, autant Bayrou, ça va. (Merci de ne pas conclure que c'est la seule raison, ça voudrait juste dire que vous n'avez pas lu et/ou pas compris ce qui précède).

François, tu ne pourras qu'apprécier cette phrase de F.Bayrou dans son Henri IV :

"Inventeur de la tolérance, il ne cesse de proposer à notre réflexion l'originalité et la décision de sa démarche, premières raisons de son succès, et à notre admiration le charisme réconciliateur d'un homme qui refuse d'être prisonnier des haines de son temps."

Comme tu le sais, on écrit rarement par hasard.

Derniers points tant que j'y pense :

1- Sur la stigmatisation, je vais mettre ce point sur le plan de l'affectif. Tu te doutes bien que ni Karl ni moi n'en sommes réduits à ça, ni ne souhaitions te profiler en "affreux" (c'est ton terme).

Personnellement je pense que l'on peut raisonner "en lepéniste" sans être un cruel imbécile. La posture Bayrou de cette élection présente cette similitude avec le vote FN qu'elle veut s'échapper du système politique, en faisant miroiter par exemple la réforme constitutionnelle. C'est quasi-eschatologique ! Et par là-même impossible d'en débattre sereinement, peut-être. Tant pis.

2- "Ca doit se discuter [le bilan de la cohabitation], pas dans mon souvenir, pas plus que pendant certaines périodes où un parti cumulait tous les pouvoirs."

Les difficultés d'EADS te donnent pourtant un exemple assez clair. La décote des actifs, le "pacte des actionnaires", est une création de gauche, de DSK et L. Jospin, qui ont dû négocier ce point avec la présidence chiraquienne de la République. Ce n'est qu'un exemple (qui pèse certes 700 millions d'euros), mais ça a le mérite d'être concret (le concret du passé et du présent manquent un peu à la campagne et aux programmes, cf. la fin du texte d'Éconoclaste que tu cites en argument).

@Fr. :
1. en écrivant « l'on peut raisonner "en lepéniste" sans être un cruel imbécile » tu confirmes l'assimilation que je dénonce. C'est exactement comme dire « François dit "Le ciel est bleu". Le Pen dit "Le ciel est bleu". Donc François raisonne en lepéniste ». Si après ça tu ne comprends toujours pas 1) pourquoi c'est idiot, 2) pourquoi je réagis comme ça, 3) pourquoi tu fusilles toi-même (et Karl) toute possibilité d'en débattre avec ce genre d'argument à deux balles, alors merde. Oui, il y a de l'affectif, c'est bien d'être sensible à ça, ça ne l'est pas de considérer que ça n'a aucune importance ("je vais mettre ce point sur le plan de l'affectif" = ignorons-le, il a ses vapeurs).

2. Je parle dans mon souvenir, et j'imagine bien qu'on puisse faire une bataille d'exemples et de contre-exemples de chaque situation, entre cohabitation et lorsqu'un seul parti cumule tous les pouvoirs. Peut-être que parmi les problèmes actuels, ce dernier est particulièrement problématique, pour moi. Ca se discute.

Je n'avais pas vu que la conversation avait continué, il n'y a pas de fils de commentaires.

Mon problème avec la position de François Padawan, et je ne fais pas de syllogismes (exemple du ciel bleu), est le raisonnement: « Donnons un coup de pied. »
Je suis peut-être vieux con, ou je comprends peut-être mal, mais cela a la même résonnance que : « tiens, une bonne guerre cela leur ferait du bien. » Ton billet était taggé Politique et pas humour.

Je préfère largement une personne qui dit, je ne vais pas voter parce que je n'approuve pas le système, qu'une personne qui vote parce que tiens « pourquoi pas faire chier les autres. »

Tu veux changer l'institution politique et bien implique toi politiquement à petite échelle, deviens député si c'est possible, ou membre d'un parti dont tu épouses les valeurs ou publie des papiers sur la façon d'imaginer une nouvelle politique.

L'UDF a toujours été beaucoup plus proche du RPR (maintenant UMP) que du PS. Toutes les alliances électorales du passé ont été faites entre l'UDF et le RPR. François a certes un sourire sympathique, mais je n'ai aucune confiance.

Le vote n'est pas une chose légère et futile, et si tu considères que cela l'est et bien il ne faut pas te plaindre de la situation politique des partis et des personnalités.

@Karl : il y a un fil de commentaires depuis longtemps, il est dans la colonne à droite, rubrique "abonnez-vous".

Expliqué comme ça je comprends mieux, mais tu te trompes sur ma volonté. Quand je parle de bousculer l'appareil politique, je parle des deux "géants" qui se croient dans un système bipartite à l'américaine. Et plus particulièrement du P.S., dont je suis le plus proche. Qui aime bien... Quand je parle de changement, ça ne s'arrête pas au fait de donner la présidence à un autre parti que ces deux-là (ce qui serait une première depuis... 1974), mais ça inclus l'espoir qu'ils entament aussi une réforme institutionnelle (il faut que j'y revienne, mais le régime actuel oscille de façon malsaine entre présidentiel et parlementaire, il faut que ça cesse).

Je ne suis pas d'accord avec toi sur la façon de faire changer les choses. Je n'ai ni l'envie ni le talent pour faire de la politique, je hais la politique à la française, le poignardage dans le dos systématique, j'ai assez fréquenté ce milieu et ses militants pour le savoir. Pour le coup, c'est toi l'utopiste ! L'opportunité la plus proche que je peux saisir à mon niveau, c'est mon bulletin de vote.

En fait, tu ne veux pas admettre que je puisse avoir des raisons de voter *pour* Bayrou, tu ne vois que le *contre* Royal (qui existe aussi, je ne le nie pas).

;) ah non. Je ne parle pas de vote contre Royal. Dans les programmes qui me sont présentés actuellement, je ne peux ni voter pour l'UMP, ni voter pour l'UDF, ni pour le PS. Je n'appelle pas du tout à voter PS. Je disais que je n'approuve pas le fait de voter pour un parti pour juste faire bouger les deux autres. Et il y a plein d'autres tendances en France.

Pour ce qui est du « programme » de Bayrou, il ne me convient pas. Si tu me dis, j'aime ces propositions et je vais voter pour cela. Je ne suis pas d'accord mais je respecte ton choix :)

Bon le dialogue se reconstruit :)

@Karl : oui, il y a d'autres tendances, c'est vrai, mais dans ce cas précis je fais un calcul politique (prochaine clé qu'il faut que je couche sur le "papier" d'un billet).

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