Bleu, blanc ou rose

Je n'irais pas voter blanc aujourd'hui. Mais je respecte ceux qui le feront, et je regrette que le vote blanc soit toujours confondu avec les votes nuls et jamais pris en compte ni communiqué, alors que le chiffre de l'abstention est toujours médiatisé. Par leur inaction à reconnaître ce problème, les politiques continuent donc à favoriser l'abstention, de peur de donner un nouveau moyen démocratique au peuple de signaler ce qu'ils (les politiques) ne veulent pas entendre : le choix que vous me proposez ne me convient pas. Ce serait tout de même un progrès par rapport à l'alternative de ne pas voter ou de voter contre. Ce soir, seuls ceux qui participeront aux dépouillements connaîtront le nombre de votes blancs dans leur bureau de vote, car ils y sont comptabilisés à part. Mais le ministère de l'intérieur ne communiquera que la somme des blancs et nuls, privant de facto ce vote de tout son sens.

Entre ces deux tours, j'ai entendu cent sinon mille fois que le vote blanc favoriserait Sarkozy. Ma réponse a toujours été que ce vote ne favorise ni l'un ni l'autre, mais que cette assertion ne trahit qu'une seule chose : ceux qui disent ça donnent déjà Royal perdante. Très symptomatique d'une élection qu'on pense perdue d'avance.

Je tiens alors à préciser un point. Si Ségolène Royal perd cette élection, elle ne le devra qu'à une seule chose : une mauvaise campagne. Exactement comme Lionel Jospin en 2002. Ceux qui diront le contraire, et chercheront de fausses excuses (je sens venir le vote Bayrou gros comme une maison), se mettent le doigt dans l'oeil, comme en 2002.

16 commentaires

Merci pour ton choix, et même en tant que socialiste je suis d'accord avec ta conclusion. Selon moi, la montée de Bayrou n'est pas la cause de la mauvaise campagne de Royal mais sa conséquence. Mais rien n'est perdu jusqu'à ce soir, il faut aller voter massivement, pour elle (contre lui pour certains) : on n'élit pas une présidente sur la qualité de sa campagne.

Allons, François, le temps n'est pas encore à l'amertume, non ? Oui, comme on dit "la victoire a un millier de pères, mais la défaite est orpheline". N'empêche que, défaite ou victoire, les causes ne sont jamais uniques. La division et les cafouillages au PS auront compté pour beaucoup, mais pas seulement. Dans l'ensemble de la gauche, c'était bataille en ordre dispersé, à côté d'un UMP hégémonique et rassemblé derrière son chef. Le matraquage des sondages, qui nous montren un jour Bayrou en 2ème position, un jour Le Pen... Les caciques de l'UDF qui ne soutiennent pas leur leader, même au premier tour. Personnellement, je ne jetterai pas la pierre à FB pour n'avoir pas appelé explicitement à voter Royal (alors que Besancenot ou même Laguillier ont été très clairs à ce sujet). Il est allé aussi loin qu'il a pu, j'imagine, pour concilier son projet personnel et la lutte contre la droite dure, mais il savait bien j'imagine qu'une bonne partie de ses électeurs traditionnels n'auraient pas compris. S'il y a des regrets à avoir, je dirais :
1) que le PS n'ait pas mieux préparé, et surtout plus tôt, la campagne ;
2) qu'il n'y ait pas eu de primaires de toute la gauche.
Après, ma foi, bonne chance au nouveau "Mouvement démocrate". Mais je serai aussi très attentive à ce qui se passe au PS, que Royal aura puissemment forcé, bon gré mal gré, à se bouger, par le rapprochement avec le NPS de Montebourg, l'arrivée de militants plus jeunes, les débats participatifs, la Netcampagne, etc.

@ Baptiste : on peut dire en effet qu'on vote plus pour une personne que pour une campagne, surtout dans la mesure où dans notre république le gouvernement gouverne avec le parlement sur un programme qui se décide aux législatives, pas à la présidentielle. Mais si je suis d'accord avec ça, j'essaye autant que faire se peut de juger les candidats sur leurs idées, leurs propos, leur façon de fonctionner, pas sur leur personne. Les candidats en lice sont loin d'être des imbéciles.

Pour inciter les politiques à compter séparément le vote blanc il faudrait qu'il soit significatif.
Tant qu'on reste avec des très faibles pourcentages, pourquoi les séparer ?

La campagne aurait peut être été meilleure si beaucoup n'avaient pas attendu l'entre-deux-tours pour soutenir Royal (notamment dans son propre camp). Elle a trop longtemps ramé seule envers et contre tous pour entraîner une adhésion populaire massive. On ne prête qu'aux riches... :'|

François : je vais me permettre de ne pas être tout à fait d'accord avec toi sur les raisons d'une potentielle défaite de Ségolène Royal au second tour.

Certes, il y a une campagne médiocre, voire franchement mauvaise, mais ce n'est pas la seule chose. On peut aussi y ajouter – comme en 2002 – un candidat socialiste particulièrement horripilant, se moquant du programme du parti qui la porte comme de son premier chemisier blanc, et visiblement peu au fait de choses que l'on peut considérer comme fondamentales pour un président de la république. Il y a enfin une campagne de diabolisation du candidat adverse qui a du pousser un certain nombre d'indécis à voter Sarkozy par réaction.
Mais en tout cas, comme tu le dis, pas le vote Bayrou.

Disclosure : j'ai voté Bayrou au premier tour, et blanc il y a une heure. Le dilemme voter à gauche / soutenir les DRM et les brevets logiciels était vraiment insoluble.

Eric : les Verts ont fait un score ridicule, pourquoi les comptabiliser à part dans le scrutin ? (marche aussi avec Schivardi, Bové etc...).

IMHO le vote blanc est clairement un vote d'opinion. Il exprime un : ni l'un ni l'autre que n'expriment ni l'abstention (je m'en foutisme) ni le vote nul.

@eric : pas d'accord avec toi. ce n'est pas parce qu'il pourrait y avoir un faible pourcentage de vote blanc, qu'il ne faut pas comptabiliser. De plus, si il était pris en compte, peut être que le pourcentage ne serait pas aussi ridicule qu'on le pense. (j'aurais voté blanc par exemple aujourd'hui, mais comme ça compte pas, ça ne sert à rien, donc j'ai fini par choisir un(e) candidat(e))

@frederic : >Il y a enfin une campagne de diabolisation du candidat adverse qui a du pousser un certain nombre d'indécis à voter Sarkozy par réaction.

je suis entièrement d'accord avec toi. Surtout quand c'est enflé de façon disproportionné. C'était pareil aussi pour le referendum de la constitution, où j'ai ressenti de la part des nonistes une plus forte haine contre les ouiistes que le contraire. Dans des cas comme ça, j'ai plutôt tendance à rejeter ceux qui diabolisent à outrance plutôt que celui qui est diabolisé. J'aime pas ceux qui profèrent de la haine.

M'enfin j'ai essayé de mettre ces sentiments de coté, de pas faire attention à ces discours haineux, pour me concentrer uniquement sur les propositions des candidats et voter sur leurs programmes, pas sur ce qu'ils sont censé être d'après les contradicteurs (quel que soit le camps d'ailleurs, à droite aussi ça s'est un peu moqué de la candidate de gauche).

@Laurentj : C'est vrai que Maître Sarkozy ne joue absolument pas sur la haine, la peur et les clivages artificiels entre "la France qui" et "la France qui"...

J'ajouterai aussi qu'il est triste ce temps où apporter une critique en montrant la contradiction dans le discours et la mauvaise foi éhontée d'un candidat relève de la diabolisation :'|

Pour mes petites narines le PS ça pue, mais bon, si je n'ai pas pourri sur pied en 2002 quand j'ai voté Chirac au second tour, là je devrais arriver à voter Ségo.

Je procrastine au maximum, mais bon, va falloir y aller, je suis passée ici pour me donner du courage...

Quand on affirme que « le choix que vous me proposez ne me convient pas », on ne vote pas blanc, on use des moyens républicains pour représenter ses idées : on les promeut auprès des partis qui en sont les plus proches, on crée un parti, ou on se présente en indépendant, mais mon se fait élire.

Réclamer le comptage du blanc parce que la tête de l'existant ne vous revient pas, c'est un déni de démocratie.

Tous les votes blancs sont uniques : les compter n'aurait aucun sens, parce qu'ils ont tous une raison d'être propre (ie des motifs propres qu'on ne peut pas "unifier" sous le terme de vote blanc).

Si les gens ne sont pas contant de l'offre politique, rien ne les empêche de la changer.

Maxime> combien de mails, de commentaires, des billets comparent Sarkozy à un fasciste ou à un nazi ? Si ça c'est pas de la diabolisation ...

@GPH : Si vous prêtez l'oreille aux abrutis aussi, on n'est pas rendus ;-) D'autant plus que c'est un procédé totalement contre-productif puisque ça lui permet de se positionner comme une victime, comme un autre responsable politique qui crie à la diabolisation depuis des années et qui en a fait une des sources de sa popularité...

Si l'on va par là, comment appeler la campagne de dénigrement contre Ségolène Royal : une juste mysoginie ? De sains préjugés orduriers de comptoir ?

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