Le vote électronique en débat aux Etats-Unis

La réforme du vote électronique aux Etats-Unis ne s'annonce pas comme une promenade de santé. Selon CNet News, la discussion sur le texte "H.R. 811, Voter Confidence and Increased Accessibility Act of 2007" a commencé à prendre du retard, faute d'accord sur la façon de procéder avec le projet de loi. Les partisans de cette réforme fédérale veulent imposer des modifications, comme la présence obligatoire d'une trace papier et des audits dans toutes les élections fédérales, en temps et en heure pour les élections présidentielles de novembre 2008. Le problème principal vient de l'inertie des états qui, bien qu'ils soient une majorité (30) à déjà exiger une trace papier, n'ont pratiquement rien fait pour l'imposer aux comtés déjà équipés de machines obsolètes. Et ce, malgré une aide promise d'un milliard de dollars pour remplacer leur équipement !

On voit là l'un des pièges majeurs de cette technologie : son coût est bien plus élevé qu'on veut nous le faire croire, et devient brusquement un obstacle lorsqu'il s'agit d'en changer. Un obstacle fort pratique pour ceux qui veulent jouer l'inertie. Il faut se rééquiper, former les assesseurs et les électeurs aux nouvelles machines, et maintenir une trace papier et un dispositif de surveillance et d'audit qui garantissent la fiabilité du recompte. Si le bon sens prévalait dans cette histoire en France, puisque l'électronique a prouvé qu'on ne pouvait pas lui faire une confiance aveugle et qu'elle doit se doubler d'une trace vérifiable, on devrait sérieusement se demander pourquoi diable certains apprentis-sorciers veulent se débarrasser de notre bon vieux système de bulletins et d'urnes transparentes qui fonctionne très bien et se suffit à lui-même. De l'intérêt de faire bien comprendre à vos élus locaux l'importance de ne pas se précipiter dans ce piège technologique dispendieux, car toutes les machines actuellement utilisées en France seront obsolètes plus vite que prévu, c'est un fait. Quant aux fabricants de machines, on aura vite compris leur intérêt, vendre un maximum de machines, et tant mieux si elles doivent être mises au rebut rapidement, ils en vendront encore plus !

Parallèlement, la commission fédérale d'assistance électorale, qui supervise les homologations et les tests des machines à voter aux E.-U., vient de publier un brouillon de cahier des charges techniques qui sera utilisé pour évaluer la fiabilité et la sécurité des machines. Cette commission va soumettre ce cahier des charges aux commentaires du public américain. On peut rêver de quelque chose d'approchant en France, quoique le ministère de l'intérieur joue l'autisme et ne parle que contraint et forcé lorsqu'il est convoqué devant un juge. Pour ma part, je continue à plaider pour un moratoire complet et l'implication de chercheurs indépendants comme le CRII-Vote, car tous les problèmes du vote électronique ne seront nullement résolus par l'ajout, plus ou moins bricolé, d'une trace papier aux boites noires actuelles.

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