La vie est une chienne

Pourquoi la vie s'ingénie-t-elle à nous offrir quelque chose pour le reprendre juste après ? Oh, je sais la question inutile. J'ai compris depuis bien longtemps que la vie n'a pas de sens, du moins pas d'autre que celui que chacun de nous éprouve le besoin de lui donner. Tant de rêves et d'inventions pour ne rester que les véhicules de quelques filaments d'ADN, ironiquement le moins biodégradable de tout le règne animal, la vie est une chienne et nous savons le lui rendre.

Hier soir, pour la première fois, j'ai traversé Paris à l'arrière d'une moto. Pour aller voir Charles Aznavour au Palais des congrès, une première également pour moi. Enfin, plutôt pour pouvoir enlacer plus longtemps encore le beau motard qui m'y emmenait. Voyage agréable et un poil perturbant pour mes réflexes de cycliste (où j'ai pu constater que les piétons sont vraiment de grands malades, il ne se jettent pas sciemment que sous les roues des vélos). Je ne suis pas un fan d'Aznavour mais j'ai aimé le spectacle et la pêche extraordinaire de ce grand petit bonhomme qui chante pour accrocher à pleines mains et ralentir cette vie qui lui file entre les doigts. Et pourtant je l'ai trouvé triste et nostalgique, à souvent chanter à regret ses vingt ans qui plus jamais ne lui feront face, moi qui n'échangerais pas ma quarantaine pour deux barils de ma vingtaine. Ou carrément mauvais quand il s'essaye sans âme ni inspiration à l'artistiquement correct écologique. Et dans le genre « ça fait mal quand j'appuie là », Agnès Bihl, en première partie, est un savoureux concentré d'optimisme grinçant et de pessimisme joyeux, qui vaut le déplacement à elle seule.

« — Je me demande, pourquoi maintenant ?
— Et moi je me demande pourquoi tu m'as envoyé balader il y a un an.
— Je ne sais pas si j'ai eu tort ou raison. »

Moi qui jusqu'ici avait tendance à donner dans le coup de foudre, voici que je me retrouve à me blinder, le coeur comme un oignon accumulant les couches pour se protéger des coups de la vie. Quelques mots et je tomberais amoureux, et encore tout est là dans les gestes, les regards. Mais il faut que tu partes à l'autre bout de la terre. Comment vivre alors ces deux mois qui restent autrement que dans la jouissance immédiate ? Carpe diem et fuck la vie, les regrets sont un poison de l'âme. (Mais tu fais franchement chier parfois, la vie.)

« — C'est quand la meilleure période pour aller à Nouméa ?
— Septembre, octobre.
— ... (Eh merde, c'est dans un an ça.)
— Pour rectifier, la meilleure période c'est quand j'y suis.
— Bonne réponse ! »

Si nous valons vraiment ce que valent nos chagrins et nos mélancolies, je sens que mon cours de bourse va exploser à Noël. C'est ça la vie, du pump and dump ? Chienne de vie.

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil...

4 commentaires

Au moins tu as compris l'essentiel : la vie n'a pas de sens. Parce qu'il y a tellement de gens qui se la bousille à éternellement chercher le sens de leur vie. Le mot "sens" ne s'applique pas à n'importe quoi, voila tout.

Je compatis. A la même période il y a deux ans, je repérais les vols pas cher pour Nice. C'est moins loin... et depuis on s'est rapprochés ;-)

L'espoir fait vivre.

"la vie n'a pas de sens, du moins pas d'autre que celui que chacun de nous éprouve le besoin de lui donner" :

Pas mieux que mon ami Pierre...

« La vie n'a pas de sens. »

Oui, mais cela n'a rien de nihiliste. C'est l'individu qui donne sens à sa propre vie. La vie n'a en effet pas de sens a priori.

Cf. Jean-Paul Sartre et l'existensialisme.

Mais c'est en effet lourd et chiant parfois d'avoir à admettre que l'on est responsable de ses choix de vie. :)

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