L'information n'est rare que si vous vivez dans un silo

Les journalistes croient faussement que l'information est rare parce qu'ils vivent souvent dans des silos d'information qu'ils ont eux-mêmes construits. Ils ne lisent que le journalisme « sérieux » d'autres publications et semblent avoir complètement loupé l'explosion d'information des vingt dernières années avec les multiples canaux de télévision et l'internet. Centrés sur leur étroite vision professionnelle, ils manquent le fait fondamental que la plupart des gens tentent de s'y retrouver dans un choix pléthorique d'informations.

Les journalistes se sont tardivement réveillés devant cette réalité alors que leurs emplois sont menacés, et que la réponse institutionnelle semble s'être limitée à des arguments sur la qualité, les faits vs l'opinion et une conception fondamentaliste de ce que sont les nouvelles. Pour beaucoup trop de journalistes, tout ce qui n'entre pas dans une définition étroite et excessivement institutionnelle de la nouvelle est banal et indigne d'être couvert. Et alors que Clyde Bentley de l'université du Missouri dit que la plupart des journalistes sont de mauvais juges de la banalité, je pense de plus en plus qu'ils sont de mauvais juges des faits vs l'opinion. Pour beaucoup de journalistes, une « opinion » est un raccourci péjoratif pour « quelque chose qui n'a pas été écrit par un journaliste ».

Une fois que l'on réalise que le problème n'est pas la rareté de l'information mais la rareté de l'attention, alors le rôle du journaliste comme gardien devient insignifiant. La question se déplace alors vers celle-ci : quelle est la valeur ajoutée des journalistes dans cette mer d'informations ? La réponse ne peut pas être simplement d'ajouter plus d'informations. Elle ne peut pas non plus être que le journaliste est seulement un écrivain meilleur ou plus intelligent. Regardez tous les choix d'information, la qualité et l'intelligence couvrent rarement le bruit. Quelle valeur ajoute un journaliste ? Répondez à cette question et peut-être pourrons-nous sortir de l'ornière dans laquelle les conversations sur les journalistes sont piégées et développer un modèle de business viable pour le journalisme et les journalistes.

Kevin Anderson, Information is only scarce if you live in a bubble.

Et dans la série des gens qui vivent dans une bulle en croyant que l'information est rare parce qu'ils ont l'illusion de la contrôler, je ne peux pas m'empêcher de faire le parallèle avec le monde de la communication institutionnelle et Wikipedia. A chacune de mes conférences, lorsque j'affiche la page Wikipedia de l'entreprise, j'ai systématiquement une question sur le thème « ils racontent n'importe quoi, comment peut-on changer ça ? ». Ma réponse est toujours « apprenez à écrire dans Wikipedia et modifiez la page en question ». Je pense que la plupart des gens manquent le début de la réponse, apprenez à écrire dans Wikipedia, chose éminemment perturbante pour qui vit dans le silo de l'information institutionnelle ou du marketing.

5 commentaires

La réponse "apprenez à écrire dans Wikipedia et modifiez la page en question" est une fausse bonne réponse.

Wikipedia est dans la même position que ces médecins qui n'ont pas forcément la bonne réponse au problème de leur patient, et qui n'ont souvent pas la bonne attitude de doute. Au contraire, ils affirment, jouent de leur autorité et espèrent que le patient va sortir de là content de son pseudo-diagnostic. Là où la comparaison s'arrête, c'est que dans la plupart des systèmes médicaux on est obligé de passer par un médecin pour accéder aux soins, alors que Wikipedia reste une source d'information optionnelle parmi tant d'autres.

Ce que je veux dire, c'est simplement que si je connais l'information, je ne prendrai pas la peine d'aller la chercher dans Wikipedia. Et si je ne la connais pas et que je consulte Wikipedia, je ne pourrai pas juger de sa pertinence puisque par définition, je suis devant cette information parce que je ne la connais pas.

Le modèle de Wikipedia a donc de très fortes limites. Il repose soit sur une auto-discipline très forte des auteurs, soit sur une démarche systématique de vigilance par leur pairs.

En fait, je crois que la principale vertu de Wikipedia est d'être le Tropicana du net: c'est un concentré de ce qu'on peut savoir en glanant des informations à droite et à gauche, avec comme principal mérite d'en avoir synthétisé l'essence sur quelques pages organisées. C'est très utile, il faut simplement savoir qu'on boit du Tropicana, pas un jus d'orange fait maison.

@ Jacques : je n'ai pas compris grand chose à votre commentaire, j'ai beaucoup de mal lorsqu'on me parle de Wikipedia à coups de préjugés et d'amalgames. Si je vous lis bien, il est inutile pour une entreprise de contribuer à Wikipedia parce que vous semblez être incapable de discernement. Car être incapable de juger de la pertinence d'une nouvelle information parce que « par définition, je suis devant cette information parce que je ne la connais pas », c'est bel et bien manquer de discernement.

On a le droit d'ignorer quelque chose que l'on ne connaît pas, qu'on ne comprend pas, ou qu'on méprise. Mais si ce sont les seules raisons qui vous poussent à dire que contribuer à Wikipedia est une fausse bonne idée, c'est un peu léger. Et quelle que soit votre opinion de Wikipedia, c'est une source d'information sur les entreprises qui est souvent plus visible et visitée que les sites officiels de ces entreprises, et le phénomène va en s'accentuant. C'est un fait, pas une opinion. On peut choisir de l'ignorer, on peut aussi choisir d'y participer. Or pour y participer, il faut en apprendre les règles du jeu.

Libre à vous de considérer que c'est une fausse bonne idée, et à moi de penser que ce que vous prônez s'appelle la politique de l'autruche et que c'est ça, la vraie fausse bonne idée.

« Apprenez à écrire dans wikipedia » est en effet un bon pas dans une direction plus participative. En revanche, il n'élimine pas l'opinion du stade.

(métaphore du stade choisit pour les décisions « intelligentes et raisonnées » des foules.)

La réflexion sur le journalisme me semble intéressante. Ce qui me chagrine souvent le plus, c’est de voir que les medias s'engouffrent souvent dans des facilités affligeantes. Ils ne cherchent pas souvent à expliquer les choses. Le fond passe trop souvent après la forme et le clinquant.

Il parait que le blog pourrait être assimilé à du lobby ! Si vous voulez lire la news, elle est ici : http://fr.news.yahoo.com/pcinpact/20080620/ttc-pour-l-europe-les-blogs-sont-une-for-c2f7783.html
D'après vous, que diront les "journalistes" sur leurs blogs ?

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