L'internet n'est pas virtuel

Parmi les mots que je déteste le plus, il y a virtuel. Il me hérisse le poil depuis longtemps lorsqu'il est utilisé pour qualifier internet ou les réseaux de communication en ligne comme le Minitel ou les BBS (oui, je suis un dinosaure branché depuis deux décennies). Sylvain Carle fait un sort à cette idée stupide et rappelle utilement qu'internet c'est bien réel :

Je suis tanné de cette (fausse) conception de ce qu’est l’internet. Un livre, est-ce que c’est virtuel parce que l’histoire n’existe pas pour “de vrai”? Un téléphone, est-ce que c’est virtuel, parce que la personne à qui on parle n’est pas “vraiment” à côté de nous? La télévision est-elle virtuelle quand elle permet d’amener dans notre salon Marie-France Bazzo qui discute (sans trop comprendre de quoi elle parle) de Facebook avec des présumés experts sur le sujet? L’internet n’a rien de virtuel. Même les représentation tridimensionelles qu’on peut retrouver dans certains jeux/univers en ligne sont sommes toutes réelles puisque de “vraies” personnes s’y retrouvent.

Tant que les “élites intellectuelles” vont continuer de persévérer dans le mythe de “l’internet c’est virtuel donc pas important”, ils vont complètement manquer le bateau et leur analyse de la société sera de plus en plus décalée de la réalité. Cette rupture (prédite avec justesse par Michel Cartier il y a plus de 10 ans d’ailleurs) entre la société qui est sur le réseau et celle qui ne l’est pas s’accélère avec la montée de la génération des “natifs” et la déconstruction des structures sociales classiques. La religion, l’état, les clubs sociaux, les sports et même le téléroman (cf. Clay Shirky sur la “la télé est le gin de l’ère moderne) sont remis en questions en cette ère de l’individus et des politiciens hypermédiatisés (cf. McLuhan on Media tyranny). Ce qui est évident quand on prends le temps de considérer ce que les humains font sur les réseaux numériques (et bien réels) c’est que la reconstruction des structures sociales passe par l’entremise de l’élaboration d’un individu au sein de ses tribus (au pluriel parce que l’identité aujourd’hui c’est une mosaïque).

Pour rappel, virtuel est un adjectif qui désigne ce qui est seulement en puissance, sans effet actuel. Ceux qui pensent qu'internet et ses usages ne relèvent que du virtuel n'ont rien compris au film.

Petit exemple sérieux, très actuel et très réel, la compagnie qui relie les hommes (non, ce n'est pas un électricien français), Nokia veut se réinventer en entreprise internet. Et comme le subodore Ars Technica, la lame de fond qui pousse ce fabricant vers la toile vient du grand public, pas du monde de l'entreprise. Ce dernier serait-il plus égaré dans le virtuel que les premiers ? Peut-être bien...

[Via Embruns]

2 commentaires

Je me bats quotidiennement avec ça.

Entendre "tes amis virtuels" quand on me parle de gens que je connais depuis plusieurs années et à qui je parle tous les jours me hérisse !

Aurait-on dit ça aux intellectuels de la Renaissance qui ne se voyaient jamais mais s'écrivaient pendant des années ?

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