Demain le feu, sur le Caillou aussi ?

Akynou parle avec passion de la Guadeloupe et de ce qui s'y passe en ce moment. Depuis quelques temps je me demande si le conflit là-bas ne va pas faire de petits ici, et il y a trop de choses qui résonnent parfaitement, trop de similitudes dans la situation des deux îles pour qu'on puisse dire que le risque est faible. Tant que le Caillou pouvait afficher fièrement une croissance économique à rendre jaloux n'importe quel métropolitain (ça me fait toujours hurler de rire quand les pouvoirs publics publient deux séries de chiffres, avec et sans les DOM-TOM, alors que la Nouvelle-Calédonie fait mieux que la métropole), les habitudes de république bananière peuvent demeurer relativement supportables. Mais la crise venant, ce coût exorbitant de la vie qui est essentiellement dû à la goinfrerie de quelques puissants — j'en viens à penser que le coût de la vie est un excellent indicateur du niveau de corruption d'un gouvernement — va devenir insupportable.

S'ajoute ici un autre problème. La solidarité dont parle Akynou existe aussi ici, et on ne peut pas regarder la notion de pauvreté de la même manière ici qu'en métropole. Personne ne meurt de froid ni de faim sur le Caillou, à moins de dormir dans un congélateur ou de trouver que les noix de coco sont soit trop hautes pour les cueillir soit trop basses pour les ramasser. Le problème, c'est que l'argent est totalement clivant ici. Pour caricaturer : vous en avez et pouvez vivre à l'européenne dans la ville, vous n'en avez pas et pouvez rentrer dans la tribu ou aller dans un squat. L'augmentation du coût de la vie va fragmenter encore un peu plus la population à l'aube des élections provinciales et de la dernière mandature qui aura pour mission de donner un tant soit peu de substance au concept, pour l'instant parfaitement vide, de destin commun.

Ce n'est pas gagné, d'autant plus que les chefs au pouvoir, qu'ils soient républicains ou coutumiers, savent précisément ce qu'ils ont à perdre à changer le système actuel. Je ne sais ce qu'il faudra pour que ça bouge, encore une nouvelle génération ou un clash violent. Tout dépendra des vraies limites de la légendaire patience tropicale.

2 commentaires

Même s'il existe de similitudes dans le domaine socio-économique aujourd'hui, les données historiques ne sont en rien comparables, les rapports de force ne sont pas les mêmes.
Le clivage que tu soulignes entre les différentes composantes sociales n'en est pas moins patent, mais ce clivage est plus social et culturel que réellement ethnique. Soit on vit effectivement "à l'européenne", et c'est aussi le choix d'un certain nombre d'océaniens impliqués dans la société civile, soit selon un mode tribal et coutumier, dans lequel la temporalité et les référentiels financiers ne sont pas du tout les mêmes... Ce qui est sûr c'est que personne n'a intérêt à ce que les choses changent parmi les gens aux postes de décision, mais malgré leur tentatives lénifiantes pour rassurer les électeurs, c'est bien ce qui va arriver, et ce par la force des choses. Les effets de la crise vont se faire sentir durement, certes avec un décalage. Le jour où le changement arrivera, je ne suis pas très optimiste quant à la durabilité et la solidité de la paix sociale et civile... contrairement à Annelise, car le temps sera compté et nous n'aurons pas une génération devant nous.

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