Steve Jobs

Steve Jobs tribute

« Me rappeler que je serai mort bientôt a été l'instrument le plus important qu'il m'ait été donné pour m'aider à faire les choix clés dans ma vie. Parce que presque tout — les attentes des autres, toute fierté, toute peur de la gêne ou de l'échec — tout ça n'est rien face à la mort qui ne laisse que ce qui compte vraiment. Vous rappeler que vous allez mourir est le meilleur moyen d'éviter le piège de croire que vous avez quelque chose à perdre. Vous êtes déjà nus. Il n'y a aucune raison de ne pas suivre votre cœur. » — Steve Jobs

Steve Jobs était têtu, mais moins que les statistiques du cancer du pancréas. Il s'est éteint à 56 ans, au sommet d'une carrière extraordinaire et bien trop courte, après s'être battu jusqu'au dernier moment.

À travers Apple, il aura marqué ma vie professionnelle plus que quiconque dans toute l'industrie technologique. Je ne suis pas juste un fanboy Apple depuis 1985, lorsque que j'ai enfin pu toucher puis acheter un Mac en France, j'ai eu la chance de connaître Apple de l'intérieur et de partager avec des gens extraordinaires une vision d'une informatique humaine, faite pour « le reste d'entre nous », qui est radicalement différente de celle qui s'est majoritairement imposée en entreprise.

Mon premier contact avec Apple précède mon coup de foudre pour le MacIntosh. Parmi nos voisins directs à Orsay, se trouvait Giancarlo Zanni, PDG d'Apple France à l'époque. Je jouais avec ses filles, mes frères eurent la chance de décrocher un stage d'été chez Apple. À 14 ans j'étais déjà accroc à l'informatique, mais j'étais trop jeune pour travailler.

Bien des années plus tard, en 1997, au détour d'une reconversion professionnelle qui m'a finalement permis de me concentrer sur mes premières amours technologiques, j'ai décroché un stage chez Apple Europe, puis Apple comme client lorsque je me suis mis à mon compte pour la première fois. Steve Jobs venait tout juste de revenir (de se faire payer pour racheter Apple, blaguait-on à moitié à l'époque) et Apple avait alors un catalogue produit comprenant 15000 références. Il est peu dire qu'il a réussi à remettre sur ses rails une entreprise au bord de la faillite et qui était la risée de toute l'industrie informatique à l'époque. Dire que ladite industrie et bien d'autres encore rigolent beaucoup moins d'Apple aujourd'hui est un doux euphémisme.

J'ai eu la chance de voir Steve Jobs en personne plusieurs fois sur scène, à Paris, à Cupertino, à San Francisco ; une expérience plus agréable que les diffusions vidéos de ses keynotes. D'aucuns se moquent de son usage des superlatifs et de son « champ de distorsion de la réalité », il avait une présence hors pair et de l'or entre les mains : une vision et les moyens de la réaliser. Pour un Steve Jobs, combien y a-t-il de patrons avec le charisme d'une moule, qui manipulent les superlatifs pour vendre du vent parce qu'ils savent ce que fait l'entreprise qu'ils dirigent aussi bien qu'une poule sait quoi faire d'un couteau ?

Le marketing d'Apple reste un rêve mouillé pour bien des marketeux, qui ont parfois du mal à réaliser (ou à admettre) que la recette tient à des gens talentueux qui créent des produits uniques qui se vendent pratiquement tout seuls. La recette qu'il a imposée à son retour en 1997 de n'annoncer un produit qu'au moment de sa mise en vente, et surtout de concevoir des produits qui font « juste ce qu'il faut, bien comme il faut », tranche absolument avec les vieilles méthodes de ses concurrents : annonces fumeuses non suivies d'action et produits obèses, malades de la course à qui aura le plus de fonctionnalités affichées sur leur packaging (l'équivalent exact du concours de bite chez les geeks).

Depuis maintenant 25 ans tous mes ordinateurs personnels ont été fabriqués par Apple, et je n'ai plus jamais eu à dépendre d'un IBM ni d'un Microsoft. Tout me porte à croire que cela va continuer encore longtemps, vus les derniers développements dans l'informatique personnelle et les choix que font les individus quand ils ont la liberté de choisir leur équipement. C'est la seconde fois qu'Apple roule sans Steve Jobs, définitivement cette fois, mais contrairement à l'ère Sculley-Amelio, l'entreprise a su s'y préparer et s'armer comme jamais elle ne l'a été.

J'ai lu ici ou là l'étonnement de certains face aux réactions qui ont eu lieu de par le monde à l'annonce du décès de Steve Jobs. Ne pas comprendre que ces manifestations publiques individuelles sont le signe évident qu'il a marqué son époque indique pour moi leur incompréhension ou leur ignorance.

J'ai beau être confiant professionnellement en ce qu'Apple prépare pour la suite, je suis personnellement triste de la mort de Steve Jobs, triste pour sa famille et sûrement un peu nostalgique d'une époque qui s'achève, d'une page tournée trop tôt et trop brutalement. Je ne vous demande pas de comprendre, juste de respecter cette tristesse.

Parmi ceux qui se sont exprimés, j'ai particulièrement aimé ce qu'ont écrit :

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