De l'éthique des journalistes, ou comment Le Parisien diffame sans (se) poser de question

Il y a dix ans, quand les blogs étaient au pic de leur mode en France, les blogueurs étaient systématiquement raillés par certains journalistes (dont beaucoup raillaient le web en général, soit qu'ils n'y comprenaient rien, soit qu'ils avaient au contraire bien identifié une menace pour leur rôle de gardiens du temple médiatique). Vous comprenez, un blogueur ça n'est pas objectif, ça ne vérifie pas ses informations, ça n'a aucune éthique. Alors qu'un journaliste dûment encarté, c'est tout l'inverse.

Dix ans après, Le Parisien nous offre une brillante démonstration d'éthique journalistique et de connaissance du web. Commençons par examiner l'éthique du Parisien (drôlatiquement titrée « Charte de modération »), où l'on peut lire ceci (je souligne) :

En tant qu'éditeur en ligne, nous nous engageons notamment à respecter les règles éditoriales en vigueur au quotidien " le Parisien " . C'est-à-dire à faire le maximum pour vérifier la validité des informations, respecter les règles de la déontologie journalistique, ne pas porter atteinte aux droits et à la dignité des personnes ainsi qu'informer les internautes de la nature éditoriale ou publicitaire du contenu.

Nous nous engageons également à faire le plus possible pour garantir la fiabilité des informations et des services fournis par des tiers.

Le 5 octobre dernier, Le Parisien publie un article intitulé 10 millions d'euros pour sécuriser le Net français. Un passage attire particulièrement mon attention (je souligne) :

Sauf que... Bercy s'est fait taquiner — troller, en langage geek. Le nom de domaine « république-numérique », avec accents, avait en effet été réservé par un petit malin, taquin mais pas désintéressé, qui avait finalement proposé une transaction financière au ministère. « Non » ferme de Bercy qui, pour conserver un nom de domaine identique, a donc dû renoncer aux accents pour héberger son projet de loi (www.republique-numerique.fr). Sur ce coup, pas de brèche dans la sécurité numérique, juste un petit loupé... d'anticipation.

Il se trouve que le « petit malin » dont parle Matthieu Pelloli, c'est moi. Il aurait suffit à ce journaliste — qui est « journaliste au pôle enquêtes du Parisien » et doit donc savoir ce qu'est enquêter — d'une minute pour consulter n'importe quel annuaire WHOIS pour le domaine république-numérique.fr et obtenir mes coordonnées complètes, incluant une adresse e-mail et mon numéro de téléphone, ainsi que la date et l'heure de dépôt de ce nom de domaine. Ou il lui aurait suffit de se rendre sur république-numérique.fr et cliquer sur l'adresse de contact pour m'envoyer un courriel.

Prétendre que j'aurais proposé une transaction financière au ministère est faux et diffamatoire. Je n'ai jamais réclamé un centime à qui que ce soit pour un nom de domaine. Je n'ai jamais communiqué avec le ministère, et je mets Matthieu Pelloli au défi de prouver ses dires. Qu'un journaliste faisant partie d'un service d'enquête ne se soit même pas posé la question du caractère diffamatoire de ce qu'il écrit sans chercher à contacter la personne mise en cause m'échappe.

Prétendre également qu'à cause de moi le ministère aurait dû renoncer à utiliser république-numérique.fr plutôt que republique-numerique.fr est également faux, et c'est trivial à prouver. J'ai déposé république-numérique.fr le 26/9/2015 à 12h23. Précisément, juste après avoir lu ce tweet :

Là aussi j'aimerais que Matthieu Pelloli m'explique comment il peut conclure que le ministère aurait ainsi dû renoncer à un nom qui était encore dans le domaine public après le lancement d'un projet sur lequel ils travaillaient et communiquaient depuis des mois. L'explication est beaucoup plus triviale, et je l'ai obtenue du développeur du site lui-même : personne n'avait pensé (ou ne s'était rappelé) que le domaine .fr accepte les accents depuis plusieurs années (mai 2012 exactement). Même ceux qui veulent légiférer avec une ambition savamment affichée sur la République Numérique ! Ils ne s'en sont rendus compte qu'en découvrant mon site.

Je peux spéculer sur ce qui a poussé M. Pelloli à publier de fausses informations et à me diffamer sans avoir fait le moindre effort pour vérifier ses « informations ». Il est probable que quelqu'un au ministère lui a raconté n'importe quoi (plutôt que d'admettre qu'ils ont fait une erreur), et qu'il n'a rien vérifié.

Je me demande aussi pourquoi Le Parisien n'a pas publié, dans les trois jours comme la loi l'y oblige, le droit de réponse que je lui ai communiqué le 31 décembre par courriel, appuyé par une LRAR reçue le 4 janvier.

Mais c'est vrai que je ne suis qu'un blogueur. Qu'est-ce que j'y connais, moi, à l'éthique journalistique ?

Voulez-vous savoir pourquoi j'ai déposé république-numérique.fr ? Pour rappeler à des gens qui légifèrent tambour battant sur mon domaine professionnel et que je trouve d'habitude très franco-français (ces gens, pas mon domaine), qu'on pouvait faire beaucoup plus de choses en France et en français sur le web. Comme, par exemple et tout simplement, parler français dans les adresses des sites. Et voulez-vous savoir quelle est la plus grande ironie de cette histoire ? C'est Le Parisien qui nous l'offre en étant le seul journal français a avoir publié l'adresse république-numérique.fr avec accents comme étant l'adresse officielle, renvoyant ainsi innocemment les internautes vers… mon site :

république-numérique-le-parisien.jpg

Ça n'a pas échappé aux confrères de M. Pelloli, sur Rue89 le 29 septembre. Ah pardon, Stéphane Bortzmeyer n'est pas journaliste, c'est un vulgaire blogueur ! ;-p

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